Imabari : L’économie sauvée par le bio

Pour favoriser la croissance locale et fournir des aliments de qualité, les agriculteurs ont trouvé la bonne recette.

Comme ces oignons (tamanegi), la production de légumes bio a fait un bond à Imabari. (DR)
Comme ces oignons (tamanegi), la production de légumes bio a fait un bond à Imabari. (DR)

Depuis quelques mois, Imabari est au cœur de nombreuses conversations. La deuxième ville de la préfecture d’Ehime, sur l’île de Shikoku, est célèbre pour ses activités dans le domaine maritime. Mais ce ne sont pas ses activités dans la construction navale ou le commerce qui attirent aujourd’hui l’attention, c’est quelque chose en rapport avec l’estomac. Depuis les années 1980, Imabari s’est lancé dans l’agriculture biologique afin de développer des habitudes alimentaires plus saines, mais aussi de créer les conditions d’une économie plus durable. Un homme en particulier est derrière le slogan Chisan Chishô (une production locale pour une consommation locale) qui résume cette nouvelle tendance. Il s’agit de Yasui Takashi. A 55 ans, il dirige une antenne locale de la mairie d’Imabari et se bat pour que les écoles s’approvisionnent auprès des producteurs qui défendent cette agriculture.

Quel a été votre parcours ?
Yasui Takashi : A l’époque où je faisais des études agricoles, je me suis intéressé à l’agriculture biologique. Après mon diplôme, je suis allé à Kumamoto et à Saitama pour approfondir ce sujet afin de développer les techniques à Imabari. Aussi lorsque le mouvement en faveur d’une meilleure alimentation à l’école a pris de l’ampleur, j’ai sauté sur l’occasion. La mairie a été réceptive et nous avons ainsi pu mettre en place les moyens et les hommes indispensables à la réalisation de ce projet.

Tout a donc commencé avec les repas des écoliers ?
Y. T. : En effet, avec toutes ces mères dont les enfants fréquentaient les écoles primaires. Elles se sentaient particulièrement concernées par la nourriture servie à leurs progénitures. En général, les écoles se fournissent auprès des centrales d’achat implantées dans les grandes villes. En d’autres termes, les légumes, les fruits, le poisson et les autres aliments produits localement sont envoyés là-bas avant d’être renvoyés dans les régions. C’est un cercle vicieux. Et finalement les enfants finissent par manger des produits dont ils ne connaissent rien.

Il semble que de plus en plus de gens cherchent à suivre votre exemple. Que doivent-ils faire pour se faire entendre ?
Y. T. : Je pense que les associations de parents d’élèves peuvent jouer un rôle crucial. Après tout ce sont les parents qui paient les repas dans les écoles. En ce sens, ils ont les moyens de se faire entendre auprès des autorités. Tant que les familles sont prêtes à débourser un peu plus pour qu’on serve des aliments bio à leurs enfants, je ne vois pas ce que les autorités trouveront à redire. C’est comme ça que tout a commencé à Imabari. Notre association était suffisamment forte pour attirer l’attention et gagner de nouveaux soutiens. Les mères de famille sont allées à la rencontre du maire et ont fini par le convaincre. La présence d’un nutritionniste favorable et enthousiaste à cette idée peut aussi avoir son importance.

Pouvez-vous nous résumer les objectifs que vous avez atteints grâce à cette initiative ?
Y. T. : Aujourd’hui 100 % du riz consommé est produit localement. De la même façon, 80 % du pain et près de 100 % du tofu sont produits au niveau local avec des ingrédients issus de l’agriculture locale. Au niveau des légumes, 4,1 % sont issus de l’agriculture bio d’Imabari, 56,6 % de la production quasiment bio de la ville et 7,8 % du reste de la préfecture. Les parents sont tellement ravis du résultat qu’ils ne rechignent pas à payer plus pour une alimentation de meilleure qualité. Tout ceci est le fruit d’un processus qui a pris du temps. Il faut être conscient que cela ne se réalise pas en un claquement de doigt. L’agriculture bio nécessite de la patience et de nombreux agriculteurs n’avaient jamais essayé avant. C’est pourquoi, je recommande de commencer par un seul produit, comme la pomme de terre par exemple, et de bâtir petit à petit son expérience à partir de cela.

Avez-vous rencontré une résistance de la part des coopératives agricoles qui doivent une partie de leurs revenus à la vente de pesticides et autres engrais ?
Y. T. : Nous n’avons aucun contact avec elles. Nous préférons consacrer notre temps et notre énergie à convaincre les agriculteurs de passer au bio et les marchés de vendre les produits issus de cette agriculture. On le fait depuis deux ans et ça commence à porter ses fruits.

Qu’avez-vous réussi à développer grâce à ce mouvement ?
Y. T. : Je crois que le développement de nos méthodes de production et de consommation a permis de mettre sur pied une économie régionale plus indépendante et autosuffisante. Cela a également favorisé une meilleure éducation de nos enfants vis-à-vis de leur propre alimentation. D’autre part, nous avons mis sur pied un système économique où les vendeurs et les acheteurs appartiennent au même marché local et qui n’ont pas besoin de passer par des plateformes de distribution nationales. Cela permet à une partie de la richesse de rester sur place. J’espère que cela va contribuer à faire de nos enfants des consommateurs responsables qui feront plus attention à leur alimentation et qui continueront à soutenir l’économie locale, exprimant ainsi leur attachement à leur région natale.

Propos recueillis par J. D.