Reportage : La nouvelle bataille d’Okinawa

Depuis quelques mois, le ton entre les manifestants et les forces de l’ordre est monté. Les arrestations se sont multipliées. / Morizumi Takashi pour Zoom Japon

La région de Yanbaru s’étend sur environ 760 km2 au nord de la ville de Nago. Cette forêt dense recouverte d’arbres en forme de “brocolis” formait un domaine féodal au sein du Royaume des Ryûkyû, lequel s’étendait sur 1000 kilomètres jusqu’en Chine avant d’être annexé par le Japon en 1868. Elle abrite le parc national de Yanbaru, mais aussi le plus grand site d’entraînement des marines d’, soit 7 800 hectares de “zone d’entraînement en jungle” depuis 1958. C’est ici que s’exerçaient les GI’s en partance pour la guerre au Vietnam. “Il n’y a pas de clôtures, les soldats américains font leur footing armes à la main au bord de la route où passent les écoliers en criant : kill ! kill ! kill !”, s’insurge Ashimine Gen, un habitant qui vit de l’autre côté du site N4 où ont déjà été construits deux des six héliports contestés. En 1999, un hélicoptère américain s’est écrasé à proximité de l’école élémentaire de Takae, provoquant l’ire des habitants qui ont alors organisé un sitting pour bloquer les travaux des autres héliports. Depuis 1984, vingt-deux pistes ont été construites à Yanbaru, mais la contestation ne faiblit pas. Amoureux de la nature, Gen a construit de ses mains un superbe chalet en bois au beau milieu de la jungle pour vivre paisiblement avec sa femme et ses six enfants. Dehors, on entend la rivière et le chant mélodieux des oiseaux. Soudain, la maison commence à vibrer et depuis la véranda, on aperçoit passer trois Ospreys – l’avion hybride fabriqué par Boeing, croisement entre un hélicoptère et un avion de – servant au ravitaillement militaire. Ils déploient leur masse de 20 tonnes à travers la jungle. Vision d’Apocalypse now. “Le bruit est devenu tellement insupportable que ma femme a décidé de partir avec les enfants. Ils ne pouvaient plus dormir”, raconte Gen. Selon une enquête du quotidien local Ryûkyû Shimpô réalisée en juillet 2016 auprès des enfants de Higashison qui inclut Takae, 77 % d’entre eux ont déclaré être dérangés et 38 % effrayés par les vols des Ospreys. Pour cette famille qui comptait ouvrir un écolodge, les héliports sont devenus des synonymes d’exil. “Depuis juin dernier, la fréquence des vols s’est intensifiée. Ils tournent à basse altitude jusqu’à 23 heures. S’il y a six héliports pour Ospreys dans la région, cela sera tout à fait invivable”, explique son épouse Yukine qui a quitté la lointaine préfecture de pour s’installer ici. incarne une sorte de paradis pour beaucoup de Japonais de Honshû épuisés par la vie citadine. Cependant, beaucoup d’entre eux ne s’imaginaient pas que la cohabitation avec les bases américaines serait si stressante. Ishihara Takeshi a quitté Tôkyô pour ouvrir un bar rock à Naha avant de décider, un beau jour, de s’installer à Takae avec toute sa famille. “C’était en 2006.