Destin : Les Aïnous en mode reconquête

A Akan, au nord de Kushiro, un ancien photographe devenu artisan pose devant sa production. / Laura Liverani pour Zoom Japon

Connus par le passé pour leurs lèvres tatouées et le sacrifice rituel des ours, les Aïnous luttent encore pour être pleinement reconnus. A la veille des Jeux olympiques de 2020 qui se dérouleront à Tôkyô, ils tentent de faire entendre leurs voix pour obtenir une pleine reconnaissance dans leur pays comme à l’étranger, dans une lutte contre l’invisibilité qui n’a jamais cessé. Les Aïnous n’ont obtenu le statut officiel de peuple indigène qu’en 2008 lors d’un vote unanime au Parlement alors que leur assimilation forcée a presque complètement fait disparaître leur société, leur langue et leur culture. Aujourd’hui, des individus et des groupes à travers le Japon sont impliqués dans la préservation et la revitalisation de la culture aïnoue, notamment de la langue.
Nibutani comme d’autres grands centres de la culture aïnoue à Hokkaidô, tels que Shiraoi et Akan, n’ont pas grand chose à voir avec les lieux décrits par les anthropologues du siècle dernier. Toutefois les traces du passé, tangibles et intangibles, visibles et invisibles, demeurent. Les tatouages ​​et les longues barbes sont pour la plupart absents, et les gens conduisent maintenant des 4×4, mais ils escaladent toujours des montagnes pour cueillir des plantes sauvages, chasser le cerf et parfois l’ours, suivant le puri aïnou, cette philosophie indigène qui régit leur vie quotidienne.
Originaire de Biratori, Monbetsu est un chasseur professionnel d’une trentaine d’années. Portant la fourrure de l’ours qu’il a tiré et dépiauté lui-même, il conduit son 4×4 dans les montagnes brumeuses presque tous les jours à l’aube pour chasser le cerf. La maison préfabriquée qu’il partage avec sa femme et ses deux filles est pleine de trophées de chasse. Les peaux et les os de cerfs et d’ours sont transformés en objets de tous les jours, tels que des tapis et des couteaux tandis que les crânes et les bois des cerfs décorent les murs.
Selon la religion animiste aïnoue, l’homme n’est pas supérieur aux autres êtres vivants et aux choses. Les plantes, les animaux, les objets et les phénomènes naturels sont kamui, c’est-à-dire des incarnations divines. Avant de prendre une plante sauvage ou de pêcher une truite, les hommes doivent remercier le kamui de leur avoir fourni de la nourriture. Kaizawa Yukiko est appelée Okâsan [Maman] par les habitants de Nibutani. Elle parcourt souvent les montagnes pour cueillir des plantes comestibles comme le kitopiro, le poireau des Aïnous. Équipée de bottes de randonnée, d’un couteau et d’une clochette pour éloigner les ours, elle prélève l’écorce des ormes pour réaliser l’attush, une étoffe végétale. Le préfabriqué vert où elle teint et tisse les fibres issues de l’écorce qui pendent dans son atelier comme dans une forêt primitive, est aussi un lieu de rassemblement pour sa famille et ses amis. Pendant des années, Yukiko a enseigné le puri à Maya, sa petite-fille de 17 ans. Cette dernière est fière d’être Aïnoue. Contrairement à la plupart des générations précédentes, elle n’a jamais connu la discrimination ni les brimades liées à sa “différence”. Beaucoup d’Aïnous, il y a encore une génération, cachaient leurs antécédents pour faire leur “coming out” en tant qu’Aïnous quand ils atteignaient la trentaine ou la quarantaine.