Promenade : A la rencontre de Tateishi

Comme ici à Yotsugi, le quartier de Tateishi voit progressivement disparaître son tissu de petites entreprises. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon

Après avoir marché un moment en amont sur la rive gauche, nous avons coupé pour tenter de découvrir l’origine du nom du quartier. Tateishi [pierre dressée] est lié à un monument en pierre qui se trouvait à son emplacement depuis au moins 600 ans. Au cours de l’ère Edo (1603-1868), les habitants ont commencé à lui vouer un culte estimant qu’il incarnait la divinité Inari. A l’origine, il mesurait environ 50 ou 60 cm, mais les gens ont commencé à le couper en morceaux qu’ils utiliseraient comme talisman contre les maladies. De nos jours, la pierre restante ne se trouve qu’à environ quatre centimètres du sol et est entourée d’une clôture en pierre.
Non loin de la célèbre pierre, nous trouvons le centre des impôts de Katsushika. Le bâtiment (un bien triste cube gris) a été érigé sur le site de l’ancienne banque du sang où travaillait Tsuge Tadao. Tateishi, tout comme les villes voisines de Senju et de Koiwa, était tristement célèbre pour son quartier chaud. Beaucoup de gars qui vivaient à Tateishi après la guerre étaient des ouvriers d’usine sans le sou et des escrocs. Ils vendaient leur sang contre de l’argent, puis, avec quelques yens dans leurs poches, ils se dirigeaient vers les bordels, mais pas avant d’avoir avalé quelques verres pour rassembler un peu de courage et perdre leurs inhibitions. Les maisons closes ont disparu il y a longtemps, mais les bars sont toujours là et sont fréquentés par une clientèle de plus en plus variée, composée de gens du quartier, de femmes et de quelques touristes étrangers.
Sur le chemin du retour, nous traversons un quartier résidentiel. Jusqu’en 1980 environ, Tateishi abritait de nombreuses petites usines familiales. Nombre d’entre elles ont depuis fermé et de petits immeubles occupent maintenant leurs anciens emplacements. Plus nous nous approchons de la gare, plus nous voyons de vieux bâtiments en ruine maintenus ensemble sous une bâche bleue. De nombreux magasins et bars sont fermés. La triste nouvelle, c’est que la compagnie de chemin de fer et les autorités locales veulent transformer Tateishi et lui donner un nouveau visage comme en témoignent de hauts immeubles situés du côté nord de la gare.
On y trouve cependant Nonbe Yokochô, un ensemble de deux petites rues remplies de minuscules bars dont l’histoire remonte au début des années 1950. A l’époque, les magasins qui s’y trouvaient vendaient des vêtements, des plantes en pot et d’autres produits avant d’être progressivement remplacés par des bars, transformant ces ruelles en une sorte de parent pauvre du célèbre Golden Gai de Shinjuku. La principale différence entre les deux réside dans le fait qu’il est difficile de trouver ici des écrivains, des artistes ou d’autres intellectuels (réels ou autres). Après tout, c’est avant tout un quartier populaire et les clients des bars veulent seulement passer un bon moment et s’amuser en mangeant avec leurs motsu yaki (abats grillés) et leur highball (whisky additionné d’eau gazeuse et de glaçons). Chanter façon karaoké est un autre passe-temps répandu par ici. Tateishi a même sa propre Susan Boyle locale. Il s’agit de Tamai-san, propriétaire du Shirakawa et mama-san (patronne et animatrice du bar). Explorer les passages étroits autour de Nonbe Yokochô, en particulier pendant la journée, lorsque les bars sont encore fermés, équivaut à faire un voyage dans le temps. Le quartier n’a pas souffert du “progrès” et il ressemble exactement à ce qu’il était après la guerre.
Nous traversons les voies ferrées et revenons à notre point de départ, Nakamise. Après ces découvertes, le temps est venu de nous restaurer. Cette rue commerçante à l’ancienne est ce qu’il reste du marché noir d’après-guerre peuplé pendant des années par de petits voyous, d’anciens combattants mutilés et d’autres types un peu louches. Aujourd’hui, vous ne trouverez que des izakaya (bars à la japonaise), des bars, des restaurants bon marché et des magasins vendant des produits d’épicerie, des vêtements et des jouets.
Si vous préférez emporter votre nourriture chez vous, le poulet frit, la charcuterie et l’oden (pot au feu local) font partie des plats les plus populaires de Tateishi. Cependant, les bars locaux méritent d’être visités. La nourriture servie dans la plupart de ces endroits n’est guère raffinée, mais cela vaut la peine d’essayer. Nous parlons de cuisine maison bon marché ou, comme on dit au Japon, de B-Kyû Gurume (cuisine de catégorie B). Mais la nourriture n’est qu’une partie du plaisir. L’atmosphère que vous respirez dans ces lieux est encore plus importante. En bonne compagnie et pour peu que le propriétaire ou le cuisinier anime la soirée, la nourriture et l’alcool ont encore meilleur goût. Mitsuwa, Edokko et Uchida sont quelques-uns des lieux les plus fréquentés. Et n’oubliez pas d’arroser votre nourriture avec un ou deux verres de highballs – sans ajouter de glaçons, comme le disent les experts. Amusez-vous bien ! J. D.