Un jour à Katsushika…

A Katsushika, on trouve des zones de résistance où l’atmosphère de la classe ouvrière de l’ère Shôwa a survécu, notamment à Tateishi, Shibamata et Kameari. Mais depuis une vingtaine d’années, le paysage urbain de Katsushika a changé à bien des égards, avec la disparition de quartiers traditionnels au profit d’immeubles géants. Pour vous donner une idée, en 1960, il y avait 31 salles de cinéma indépendantes. Aujourd’hui, elles ont disparu, remplacées par d’énormes complexes cinématographiques de dix salles, comme celui du centre commercial de Kameari. Une autre caractéristique typique qui a régulièrement disparu sont les cheminées autrefois omniprésentes. Il fut un temps où des centaines d’entre elles dominaient littéralement une mer d’immeubles de deux étages. Ces cheminées appartenaient à des bains publics et à de petites usines et étaient considérées si importantes dans la vie des communautés locales qu’elles ont même été mentionnées dans plusieurs chansons d’école. Leur nombre avait explosé dans les années 1920 pour atteindre leur apogée pendant la période de croissance économique des années 1960. Elles font désormais partie du passé. Par exemple, sur les 143 bains publics encore existants en 1982, il n’en restait que 39 en 2014.
Toutefois, malgré la disparition des vendeurs de nourriture à la sauvette dans les rues de Katsushika, il reste encore des restaurants et des magasins familiaux dans chaque quartier. Tateishi est l’endroit le plus populaire, mais on trouve des lieux de ce genre un peu partout ailleurs, souvent logés dans des bâtiments délabrés de deux étages dont on se dit qu’ils ne résisteront pas au prochain grand tremblement de terre. À Shibamata, par exemple, le magasin de soba Maenoya est toujours aussi florissant. À Horikiri, le magasin de produits laitiers Iwata Milk a ouvert ses portes en 1962. Sakamoto Shôten, un vendeur de pâte de miso et de sauce de soja du Japon fondé en 1954, est toujours en activité.
En fait, même à l’heure actuelle, les centres commerciaux y sont peu nombreux et la plupart des résidents continuent à faire leurs courses dans les shôtengai, ces rues commerçantes bordées de petits magasins indépendants. Lumière, par exemple, est la plus ancienne galerie marchande de Katsushika (ouverte en 1959) et ses 140 magasins sont fréquentés quotidiennement par 30 000 personnes en moyenne. En définitive, le changement est apparu sous une autre forme quelque peu inattendue. Bien que le quartier manque encore d’hôpitaux, d’écoles ou de supermarchés, il compte aujourd’hui une population relativement élevée de résidents étrangers (22 492 au 1er août 2019), la plupart originaires d’autres pays asiatiques, attirés par des loyers et un niveau de vie moins élevés.
En résumé, Katsushika n’est peut-être pas très beau et ses attractions discrètes sont certes assez modestes, mais si vous prenez le temps et regardez attentivement autour de vous, dans les ruelles étroites et dans les coins de rue, vous finirez par succomber à son charme.
Jean Derome