Premiers pas dans la langue de Mishima

Pipo quitte la France, prêt à s’immerger. Première étape de sa passionnante expédition, savoir saluer : c’est simple et… indispensable.

Le grand jour, celui du départ pour le Japon, enfin. Comme tout jeune Français passionné de culture japonaise qui longtemps a nourri le rêve de poser un jour les pieds sur l’Archipel, Pipo se dit que ça y est, le moment est venu de confronter ses fantasmes avec la réalité. Un jour comme celui-ci, il n’est bien sûr plus question de s’organiser, de planifier, encore moins d’étudier. On savoure l’excitation de celui qui a préparé le coup, mêlée au doute de l’élève de 1ère année en japonais qui se demande si, après tout, il va être à la hauteur. On veut être digne, ou tout simplement, on veut se la péter.
Dans l’avion, on patiente, assis. Comme dans une salle d’attente, et malgré le sommeil qui pèse, on est à l’affût du moment où il va vraiment falloir se lancer. On consulte les mémoires lexicales et sémantiques de son cerveau, et on se dit que nom de nom on se souvient de enpitsu, shinbun et terebi mais on ne sait plus saluer, ce qui serait quand même pourtant bien pratique.

はじめまして。
Hajimemashite
Enchanté.

Ouf, ça revient. La confusion que peut induire un tel mot est due à la relative pauvreté phonétique du japonais alliée à la structure syllabique de la langue. Tant que celle-ci n’est pas véritablement intégrée et qu’on ne se rend donc pas compte à l’oreille de nos propres erreurs de prononciation, le risque demeure de l’écorcher par de vagues contrepèteries aussi involontaires qu’inabouties. Alors pour éviter les hajimemashita, hajimameshite et autres hajimemasheti, faites comme Pipo : répétez inlassablement à haute voix, jusqu’au moment où vos oreilles sauront vous dire que vous vous êtes trompé. Vous pourrez ensuite développer :

はじめまして。ピポです。よろしくお願いします。
Hajimemashite. Pipo desu. Yoroshiku onegai shimasu.
Bonjour, je m’appelle Pipo. Très heureux de faire votre connaissance.

Voilà qui sonne bien japonais. Ça prend forme. On se sentirait pousser des ailes. Yoroshiku onegai shimasu… Une des expressions les plus usitées à l’oral, mais aussi dans les courriers ou les échanges de mails. Car pour celle ou celui qui souhaite dépasser le cadre linguistique finalement très restreint d’une quelconque expérience touristique, elle constitue nécessairement les prémices d’une bonne entente, d’un accord sérieux, d’une alliance heureuse, d’une confiance solide, d’une complicité parfaite, voire d’une amitié sincère. Quelle que soit donc l’issue de la rencontre, la relation que celle-ci induit rend inéluctable le recours à la formule magique. La culture française n’y apporte pas d’équivalent et une traduction forcée donnerait quelque chose du genre : Je m’en remets à votre indulgence. Plus naturellement, on est simplement heureux de faire connaissance et on espère bien s’entendre.
Lectrices, lecteurs, merci pour votre bienveillance.
Pierre Ferragut

Pratique :
Le mot du mois
出発 (shuppatsu) : départ
出発 はいよいよ今日ですね。
Shuppatsu wa iyoiyo kyô desu ne.
C’est pour aujourd’hui, le grand départ ?