Himeji, le bel oiseau blanc

Chouchou des cinéastes, le château est un des plus beaux de l’archipel. Un endroit à visiter impérativement.

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Le “Héron blanc” domine la ville et attire les regards. © Jonathan Peter Ellgen

Dans un numéro dont le dossier de couverture est consacré à Kurosawa Akira, il aurait été de mauvais ton de ne pas entraîner le lecteur vers un des sites les plus cinégéniques du Japon : le château de Himeji. Le réalisateur des Sept samouraïs l’a d’ailleurs choisi pour cadre à deux reprises lorsqu’il a tourné Kagemusha (1980) et Ran (1985). Il faut dire que la grâce de sa silhouette et sa couleur blanche dominante lui ont valu d’être surnommé le “Héron blanc” (shirasagi) et de s’imposer comme le château le plus célèbre du Japon. Située à envron 70 kilomètres de Kobe, la ville de Himeji dont la principale attraction est cette place forte est facilement accessible par le shinkansen. On peut ainsi y venir pour la journée avant de repartir vers une destination plus riche en curiosités touristiques.
L’histoire de la ville est ancienne et sa localisation dans la plaine de Harima lui a valu d’être fortifiée dès le milieu du XIVe siècle. Mais ce n’est qu’en 1581 que Toyotomi Hideyoshi en fit sa base stratégique pour le contrôle du Japon occidental. Il construisit à cette date le donjon (tenshu) à trois étages qui se trouve actuellement dans la partie nord du site. Par la suite, le château fut confié à Ikeda Terumasa qui procéda, jusqu’à sa mort en 1614, à son agrandissement. Quatrième château du Japon en termes de taille après ceux d’Edo, d’Osaka et de Nagoya, Himeji est le seul à avoir conservé la plupart de ses principales structures architecturales. On distingue un donjon à cinq étages et trois autres plus petits à trois étages. Ils reposent sur une base de pierre très massive qui donne à l’ensemble cette impression d’édifice inexpugnable. Les labyrinthes de douves, les innombrables meurtrières et les nombreux culs-de-sac ont aussi contribué à sa réputation sur le plan militaire, tandis que la finesse de son architecture lui a permis de devenir un symbole du Japon à l’étranger au même titre que le mont Fuji ou la Tour de Tokyo.

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Le donjon principal (tenshu). ©CharleyMarley

Il n’est donc pas étonnant que le cinéma et la télévision soient tombés sous le charme de ses toitures incurvées qui attirent le regard dès que l’on remonte la rue Otemae-dôri, en sortant de la gare de Himeji, en direction du parc du château. Outre Kurosawa, des dizaines de cinéastes ont posé leur caméra devant le “Héron blanc” pour profiter de sa beauté et de son caractère japonais. C’est le cas notamment de Lewis Gilbert qui, en 1967, y a tourné en partie le cinquième volet de la série des James Bond, On ne vit que deux fois (You only live twice). Le château devenant le centre d’entraînement des services secrets japonais. Dans les années 1980, la série télévisée Shogun, adaptée du roman de James Clavell, a permis de faire connaître encore davantage l’édifice même si pour les besoins du scénario il incarnait le château d’Osaka.  Dans le monde entier, la série ayant enregistré un énorme succès international, la silhouette majestueuse de Himeji a fait rêver des millions de personnes impressionnées par son architecture.
Il faut compter environ deux heures pour la visite du château. Le parcours est fléché et emprunte des dizaines de portes, de couloirs défensifs et de passages qui finissent par aboutir dans une grande cour plantée de pins et de cerisiers. C’est ici que le seigneur vivait. Puis on se dirige vers le donjon principal haut de 46 mètres. Une fois monté les cinq étages, on atteint une salle qui offre un panorama intéressant sur la ville. Des travaux de rénovation ont été entamés en 2009. Ils devraient s’étendre jusqu’en 2014. La présence des échafaudages n’est évidemment pas de nature à mettre en valeur ce chef-d’œuvre architectural, mais à l’issue des cinq années d’embellissement, le  charme du “Héron blanc” sera de nouveau totalement opérationnel. Le printemps et l’automne sont les deux meilleurs moments pour se rendre à Himeji. Il fait bon et on peut profiter pleinement du parc sans avoir à souffrir de la chaleur ou de la pluie plus présentes en été ou en hiver. Mais quelle que soit la période que vous choisirez, vous tomberez amoureux de ce site qui restera à jamais gravé dans votre mémoire.
La ville de Himeji ne propose pas grand chose d’autre, mais il est tout de même intéressant de flâner dans les rues pour prendre la température d’une ville de province ou tout simplement pour trouver de quoi se restaurer, en attendant de repartir vers de nouveaux horizons. Il y a de nombreux restaurants qui valent le détour. Citons le Fukutei (tél.  : 079-222-8150) avec un menu du jour à 1500 yens [13,3 euros]. Attention, il convient d’arriver tôt, car il est limité à 20 menus. N’oublions pas non plus Oimatsu (tél. : 079-224-6611) et sa cuisine raffinée avec des menus à partir de 2100 yens [18,7 euros]. En retournant vers la gare, vous sentirez la majesté du château derrière vous et vous aurez le réflexe de jeter un œil en arrière pour profiter une dernière fois du spectacle. Et c’est bien mieux en vrai qu’au cinéma ou sur le petit écran.
Gabriel Bernard

Pratique :
S’y rendre  La meilleure façon de se rendre à Himeji est de prendre le train. Compter environ 1h30 au départ de Kyoto et 1h en partant d’Osaka par la ligne JR Shinkaisoku moins rapide, mais aussi moins coûteuse que le Shinkansen.
Le château  Ouvert tous les jours de 9 h à 16 h (17 h de mai à août). L’entrée coûte 600 yens [5,3 euros]. Certains jours, des visites guidées en anglais sont organisées par des bénévoles. Information sur place.