Tristan Brunet, pour une immersion totale

tristan-brunet-interview
© Gabriel Bernard

Dans quel cadre êtes-vous parti étudier au Japon ?
Tristan Brunet : J’ai fait deux séjours différents au Japon. Je suis parti une première fois à l’université de Kobe pendant un an dans le cadre d’un programme d’échange avec l’université Paris 7. J’étais alors en DEA. J’avais pu bénéficier d’une aide financière de la part du Japon (bourse Jasso, www.jasso.go.jp). Mais celle-ci était assez faible, environ 80 000 yens [703 euros] par mois. Ma deuxième expérience, qui a duré deux ans et demi,  a été plus formelle puisqu’elle s’est faite dans le cadre de la bourse du Monbukagakushô (ministère  de l’Education, de la Culture, du Sport, de la Science et de la Technologie). Celle-ci s’obtient sur dossier avec toute une procédure de sélection (évaluation linguistique, passage devant un jury). Cette bourse est plutôt liée à une démarche de recherche. J’étais en doctorat. Je suis parti étudier à l’Université des langues étrangères de Tokyo.

Votre second séjour a été plus confortable d’un point de vue financier ?
T. B. : Oui. La bourse du Monbukagakushô est suffisante pour vivre même si elle a tendance à être rognée un petit peu chaque année. D’ailleurs on est prévenu dès le départ qu’elle n’est pas fixe. Elle reste néanmoins suffisante pour vivre si l’on bénéficie des structures d’accueil de l’université et que l’on décide d’habiter au foyer. On y est logé pour des loyers tout à fait avantageux. A Kobe, j’en avais pour 12 000 yens par mois et à Tokyo, pour 20 000 yens. Avec une bourse du Monbukagakushô d’environ 160 000 yens, cela laisse de quoi vivre. Là où cela s’est un peu compliqué pour moi la seconde fois, c’est que je suis parti avec ma femme et il y a peu de structures universitaires disponibles pour les couples. Nous avons dû chercher un appartement à l’extérieur de l’université, ce qui n’a pas été très facile compte tenu de mon statut. Les propriétaires étant très exigeants sur les garants. Ils préfèrent un médecin ou un avocat plutôt qu’un prof d’université comme garant (rires). Mais nous avons finalement trouvé un endroit où nous installer.

Quels conseils donneriez-vous à un candidat au départ ?
T. B. : Il y a plusieurs “risques” quand on part étudier au Japon. Le premier, c’est de se laisser aller à la facilité. Comme la plupart du temps, on vit dans des foyers avec d’autres étudiants étrangers, on risque donc de passer sa vie avec des étudiants étrangers et donc de perdre de vue le Japon. J’ai connu plusieurs étudiants dans ce cas qui n’ont en définitive pas beaucoup profité de leur séjour dans l’archipel pour vraiment s’immerger. Le second, c’est de ne pas faire l’effort - et il n’est pas grand - pour comprendre comment la vie fonctionne sur les campus japonais. A la différence de la France où elle est quasi inexistante, elle est forte au Japon. Il ne faut pas hésiter à participer aux différentes activités même si, aux yeux d’un Français, cela peut paraître un peu artificiel. Il n’en est rien et c’est la meilleure façon de profiter de son séjour. Pour résumer, je dirais qu’il faut “savoir se mettre en danger” et remettre en cause nos habitudes. Mais encore une fois, il ne s’agit pas d’un gros effort. Et le jeu en vaut la chandelle.
Propos recueillis par Gabriel Bernard