Amakusa, bienvenue au paradis

A quelques kilomètres au sud-ouest de Kumamoto, l’archipel d’Amakusa est un endroit étonnant et plein de charme.

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Achevée en 1933, l’église d’Ôe est construite en craie blanche. Elle l’a été par le père Garnier, un Français venu rendre hommage à la foi de la population. ©Gabriel Bernard

Majestueux sans pour autant être gigantesque, le pont de Matsushima est le dernier ouvrage d’art que vous empruntez avant d’arriver dans l’archipel d’Amakusa, territoire paradisiaque composé de plusieurs îles dont les deux principales sont Amakusa Kamishima et Amakusa Shimoshima. La première grande étape de ce périple au sud de Kyûshû est donc le pont de Matsushima et son observatoire qui permet de prendre la mesure de la beauté de cette région méconnue des touristes occidentaux qui préfèrent encore les grands classiques que sont Kyôto ou Tôkyô. Aussi à un moment où l’on hésite à se rendre dans l’archipel par crainte des séismes et des radiations, Amakusa est un endroit qui vous fera oublier les centrales nucléaires et les tremblements de terre. En provenance de la péninsule de Sankaku, le voyageur n’a pas d’autres moyens de profiter d’Amakusa que la voiture, le bus ou la bicyclette pour les plus courageux. Depuis la gare de Misumi, on peut emprunter des bus (le pass de 4 jours coûte 4000 yens) grâce auxquels on peut accéder à l’ensemble des principaux lieux intéressants des deux îles. Une façon tout à fait agréable de profiter des paysages et de l’atmosphère particulière qui règne dans cette partie du Japon que les Japonais eux-mêmes ne fréquentaient pas beaucoup. La mise en service du Shinkansen à Kyûshû début mars a, semble-t-il, ravivé l’intérêt des touristes nippons qui viennent découvrir un endroit riche en tradition et chargé d’histoire. Avant de se lancer sur la route des cinq ponts qui relient la péninsule aux deux îles d’Amakusa et de faire halte au pont de Matsushima, une petite visite de Misumi Nishikô s’impose. Ce port construit à la fin du XIXème siècle est le seul de cette époque encore en l’état dans l’archipel. Plusieurs bâtisses au style bien marqué et avec des couleurs chatoyantes sont ouvertes au public, certaines ayant été transformées en café. Le temps d’avaler un petit en-cas, en profitant de la vue sur la baie de Misumi, et vous serez prêt à prendre la route pour aller à la découverte d’autres surprises pour le moins étonnantes.Carte-Amakusa1

Sur le chemin qui mène au pont de Matsushima, vous serez sans doute interpellé par un bâtiment dont la forme rappelle à la fois celle d’un gros gâteau à la crème et celle d’une église. Il s’agit du Mémorial Amakusa Shirô situé à Kami-amakusa. Au-delà de son architecture originale, cet endroit est intéressant, car il rappelle aux visiteurs que la région a longtemps été un bastion chrétien et qu’elle le reste encore aujourd’hui. Introduit par les missionnaires portugais arrivés au Japon au milieu du XVIème siècle, le christianisme s’est très bien implanté dans cette région particulièrement pauvre. En 1589, Amakusa comptait 30 églises et plus des deux tiers de sa population avaient été convertis. L’interdiction de la religion chrétienne par les Tokugawa quelques années plus tard et la fermeture du pays à l’influence étrangère s’est traduit pour les habitants d’Amakusa par l’obligation de renier leur religion et par une traque de tous ceux qui s’y refusaient. Bon nombre d’entre eux ont continué à prier secrètement devant de petites statues de la Vierge. C’est cette histoire que le Mémorial Amakusa Shirô retrace ainsi que celle d’Amakusa Shirô, adolescent de 16 ans, qui, à la fin de 1637 a mené la rébellion de Shimabara contre la politique anti-chrétienne des Tokugawa. Le christianisme a donc profondément marqué cette région qui reste aujourd’hui plus chrétienne que la moyenne nationale. Il faut dire que la ferveur des “chrétiens cachés” (kakureta kurishitian) comme on les appelait a contribué à enraciner cette religion. Lorsque le Japon s’est doté d’une Constitution rétablissant la liberté religieuse, de nouveaux missionnaires ont fait le déplacement et aidé la population locale à reconstruire des églises. On voit donc de nombreux clochers à l’horizon, ce qui ne manque pas d’étonner le voyageur qui s’attend plutôt à rencontrer des temples ou des sanctuaires. C’est particulièrement vrai dans le port de Sakitsu, à Amakusa Shimoshima. Implantée dans un fjord qui rappelle la Norvège, l’église de Sakitsu et son clocher de tuiles grises domine les autres constructions. Bâtie en 1934 dans un style néo-gothique, elle a la particularité de disposer d’un sol recouvert de tatamis, ce qui signifie que l’on y pénètre après s’être déchaussé. A quelques kilomètres au nord de Sakitsu, l’église d’Ôe est aussi un édifice digne d’intérêt dont la couleur blanche, son plafond décoré de fleurs colorées et le style qui rappelle les églises mexicaines tranchent avec l’austérité de celle de Sakitsu. Implantée sur une petite colline, elle a été construite en 1933 par un Français, le père Garnier, dans une région où les “chrétiens cachés” étaient particulièrement nombreux. Lorsque le ciel est bleu et que le soleil darde ses rayons sur ce bâtiment (ce qui est souvent le cas), il s’en dégage une impression assez étonnante de sérénité. Non loin de là, l’Amakusa Rosario Kan regroupe de nombreux objets de culte que les “chrétiens cachés” utilisaient pour prier. Une petite visite s’impose pour comprendre cette période de l’histoire japonaise.
Après avoir été impressionné par cette présence chrétienne, le visiteur le sera tout autant par la beauté des paysages naturels. Outre l’observatoire situé au pont de Matsushima à partir duquel on prend la mesure de la richesse des lieux, une petite halte à Myôkenura est recommandée. Il suffit de suivre la route 389 au nord de l’église d’Ôe pour découvrir ce site magnifique façonné par les vagues et le vent. Un cadre digne de figurer dans votre album de souvenirs et dont on ne se lasse pas. Amakusa ne manque pas de ressources en la matière. La nature a bien fait les choses et lorsque celle-ci n’a pas fait suffisamment, l’homme y a ajouté sa touche comme le parc de Tsurubayama à la pointe sud d’Amakusa Shimoshima. En 1978, on y a planté quelque mille cerisiers dont la floraison en mars-avril est un véritable régal pour les yeux. Cette période de l’année est d’ailleurs un des moments les plus agréables pour visiter la région, car les températures y sont douces et la météo clémente. Pour peu que l’on s’y trouve le troisième week-end d’avril, on peut assister à la fête  d’Ushibuka Haiya où des milliers de personnes viennent danser dans les rues de la ville d’Amakusa. L’été, il fait chaud, très chaud malgré la présence d’une petite brise marine. C’est le moment de profiter des plages, notamment celles de Satsuki, située non loin du Tsurubayama,  d’Ariake, sur la côte ouest d’Amakusa Kamishima, elles aussi aménagées par les hommes. Elles sont nombreuses et le sable blanc devant cette mer bleue turquoise constitue une invitation à laquelle il est difficile de résister.

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Quelques spécialités à base de poulpe vendues au marché d’Ariake, haut lieu de la gastronomie locale. ©DR

Comme d’autres endroits paradisiaques, Amakusa sait aussi séduire le visiteur par la qualité de sa cuisine. Rappelons que le Japon ne manque pas de ressources en la matière. La spécialité d’Aamakusa, s’il faut n’en citer qu’une seule, est le poulpe (tako). A Ariake, une énorme sculpture vient vous le rappeler. Après avoir profité de la plage, un petit tour au marché local ou l’un des nombreux restaurants vous permettront de déguster l’un des succulents plats à base de poulpe comme le steak de poule, le tako tendon (beignets de pouple sur un lit de riz) le tako meshi que l’on mélange simplement à du riz blanc. On trouve bien sûr des takoyaki, boulettes grillées de poulpe, que les Japonais apprécient beaucoup. Un des meilleurs endroits pour s’initier à la cuisine à base de poulpe se nomme Asahisô. Pour 5 000 yens [43 euros], on vous servira un menu dans lequel le mollusque est accommodé de huit manières différentes, un véritable moment de plaisir. Mais tout le monde n’est pas fan de tako et il serait injuste de limiter Amakusa au seul poulpe. La région est riche en poissons et coquillages. La sardine, la daurade ou encore les praires figurent à la carte de plusieurs très bons restaurants où le plaisir des yeux et du palais est divinement entretenu.
C’est aussi le cas dans la plupart des établissements thermaux que l’on trouve à Amakusa. A l’instar des autres régions du Japon, l’archipel dispose de nombreuses sources d’eau chaude au tour desquelles des hôtels ont été implantés. Sur l’île d’Amakusa Shimoshima, il est recommandé de séjourner à la source thermale de Shimoda Okuzashiki, la plus ancienne de la région avec ses 800 ans d’histoire. Elle se situe au nord de Myôkenura. Parmi les établissements qu’on y trouve, on peut se laisser séduire par l’ambiance du Gunpôkaku Garasha (à partir de 10 500 yens la nuit en demi-pension) et son style années 20 ou celle de l’Ishiyama Rikyû Gosoku no Kutsu plus luxueuse (à partir de 26 400 yens en demi-pension). Ses balcons et ses bains privés avec vue sur la mer sans oublier une nourriture irréprochable justifient ce prix un peu élevé. Mais n’est-on pas prêt à tout pour un petit coin de paradis ?
Gabriel Bernard

Pratique pour s’y rendre :
Au départ de Kumamoto, 1h40 jusqu’à Matsushima (1 480 yens) ou 2h25 jusqu’à Hondo (2 180 yens). Un à deux autocars par heure. 53 mn jusqu’à Misumi par train (ligne Misumi, 720 yens). Pour circuler à l’intérieur de l’archipel, possibilité d’emprunter des bus (4 000 yens le pass).
On peut avantageusement consulter le site de l’Office du tourisme : www.t-island.jp