Sugawara Daisuke défend une vision d’ensemble

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C’est à Rikuzentakata dans un espace réservé initialement aux camping-cars que Sugawara Daisuke a recréé un petit village où chacun tente de se reconstruire. ©Sugawara Daisuke

Comment est né ce projet ?
Sugawara Daisuke : L’idée est venue après avoir participé à l’enlèvement de gravats. En tant qu’architecte, je m’étais demandé ce que je pouvais faire. Pour évaluer les besoins, je me suis rendu à Rikuzentakata en tant que bénévole le 8 mai. Au retour, je suis allé rendre visite à l’entreprise Sumita House Industrial Co. qui a ensuite participé au projet. Le 10 mai, Sumita m’a contacté pour me dire qu’elle souhaitait “coopérer au niveau matériel et des infrastructures à la création d’une cité miniature”. Je me suis chargé d’établir les plans de répartition de chaque maison et de choisir les infrastructures nécessaires. Je pense que ça a été la meilleure façon de s’assurer que les conditions de vie dans ces logements provisoires seraient d’un niveau élevé.

C’est le bois qui domine.
S. D. : Les unités de logement d’urgence en bois ont été conçues par Sumita. Grâce à cela, nous avons construit des logements provisoires qui ont permis de faire travailler la main-d’œuvre locale. Par ailleurs, c’est un bois qui est adapté aux conditions climatiques locales, ce qui permet d’assurer un confort optimal.

La qualité des maisons est bien meilleure que la moyenne.
S. D. : Tout à fait. Les unités et l’environnement sont plutôt de bonne qualité. Ce qui a permis d’assurer la qualité de ces constructions provisoires, c’est le plan de déploiement que nous autres architectes avons établi. Nous avons fait en sorte de préserver l’intimité de chaque habitation. Dans le même temps, nous avons fait en sorte que le jardin devienne le cœur de la communauté. Les règles qui s’appliquent à la disposition de chaque maison ont un impact sur l’ensemble de telle sorte que cela donne l’impression d’être un village qui existe depuis longtemps alors qu’il est composé de nouvelles constructions. Mais cela ne se limite pas simplement à l’aspect visuel. Je pense que les règles que nous nous sommes fixées pour la construction comprennent aussi l’idée d’une communauté villageoise qui peut apparaître entre les résidents.

Que retirez-vous de cette expérience ?
S. D. : J’ai découvert dans le comportement des architectes japonais un problème qui est commun à tous les architectes dans le monde. Après cette terrible catastrophe, il y a eu deux types d’architectes. Il y a eu ceux qui stupéfaits sont restés impuissants et ceux qui ont bâti dans les zones sinistrées des bâtiments singuliers dans leur propre style. Cela caractérise bien le système en place qui veut que l’on continue à construire des « bâtiments originaux » tiraillés entre le « caractère social » exigé par la société et le sérieux sentimental des architectes. Le projet de Kesennuma manque de clinquant au regard de ceux qu’on nomme « architectes ». Il est sobre. Toutefois je pense que ce type de concept est indispensable à la reconstruction à long terme à laquelle peuvent participer de nombreux architectes. Un siècle avant J.C., l’architecte romain Vitruve a publié son fameux traité De architectura. A cette époque, l’architecte ne se contentait pas de faire des « bâtiments », il concevait ce dont il avait besoin pour y parvenir : machines ou travaux publics. Il est bien sûr « important de créer des choses nouvelles », mais il faut s’adapter pour répondre aux conditions requises et ne pas simplement se contenter du style. C’est en cela que l’architecte est un vrai professionnel que ce soit au Japon ou ailleurs.
Propos recueillis par Odaira Namihei