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Paralysie et fragilité à tous les étages

Tôkyô doit gérer un regain de tension avec ses voisins. Mais jusqu’à présent, il n’a pas réussi à trouver des réponses adaptées.

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Manifestations anti-japonaises en Chine à la une du Mainichi Shimbun du 17 septembre dernier.

Au cours des dernières semaines, les médias japonais ont relayé les nombreuses manifestations anti-japonaises, parfois violentes, qui ont embrasé la Chine. Ce ne sont pas les premières ni sans doute les dernières, mais comme le soulignait avec justesse l’hebdomadaire Kinyôbi, il y a désormais “une situation d’urgence diplomatique” au Japon face à laquelle le gouvernement semble bien démuni. Outre la question des îles Senkaku (Diaoyu en chinois), Tôkyô doit gérer le différend avec la Corée du Sud portant sur l’île de Takeshima (Dokdo en coréen) et trouver une solution au conflit territorial qui l’oppose à la Russie à propos des Kouriles du Sud, communément appelées dans l’archipel Territoires du nord (Hoppô ryôdo). Face à ses principaux voisins, le Japon apparaît dans une position de faiblesse de plus en plus nette et il est peu probable que les choses s’arrangent dans les prochains compte tenu de la situation intérieure du pays. En effet, peu d’éléments plaident en faveur d’une amélioration rapide. Si les Chinois se montrent désormais beaucoup plus entreprenants sur la question territoriale, c’est en grande partie lié au fait que la Chine est devenue la seconde puissance économique de la planète et qu’elle a ainsi détrôné le Japon. En s’en prenant, par exemple, à l’un des centres de production Panasonic alors qu’elle avait été la première grande société nippone à investir massivement en Chine à la fin des années 1970, les manifestants chinois ont symboliquement montré que leur dépendance à l’égard des investissements japonais était terminée. Par ailleurs, les rapports avec les Etats-Unis ont changé depuis l’arrivée du Parti démocrate (Minshutô) aux commandes du pays en août 2009. Plusieurs sujets embarrassants (base de Futenma, déploiement des avions Osprey jugés dangereux par la population japonaise) ont fragilisé les liens entre Tôkyô et Washington, offrant aux voisins du Japon l’opportunité de tester la réaction américaine. La visite du ministre américain de la Défense Leon Panetta a été pour le moins éclairante puisqu’il a répété que les Etats-Unis ne prendraient pas position sur le dossier sensible des revendications territoriales. Pourtant, le différend autour des Senkaku est lié à une décision américaine. En 1972, l’administration américaine avait décidé de rendre au Japon ces îles alors même que la Chine et Taiwan revendiquaient respectivement depuis décembre 1970 et février 1971 la souveraineté sur ces territoires. Enfin l’incertitude politique dans l’archipel n’arrange rien. Elle amène de nombreux responsables politiques à multiplier les déclarations maladroites vis-à-vis des questions territoriales, contribuant ainsi à renforcer chez leurs voisins des positions nationalistes tout aussi logiques que la Corée du Sud est en pleine campagne électorale et que la Chine est en train de renouveler ses dirigeants. On ne voit donc pas comment les choses vont pouvoir s’arranger.
Gabriel Bernard