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Les jours d’après

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Hatakeyama Naoya est un photographe. C’est aussi un fils qui, le 11 mars 2011, s’est retrouvé sans nouvelles de ses proches vivant à Rikuzentakata, sur la côte nord-est de l’archipel, balayé comme tant d’autres villes par un terrible tsunami. Comme beaucoup, il a compris qu’il s’était passé quelque chose d’extraordinaire sans pourtant savoir précisément l’ampleur des dégâts. Il décide donc de partir sur place pour mesurer la situation et pour retrouver sa mère et sa sœur. Hatakeyama Naoya est un photographe. C’est aussi un homme profondément attaché à cette région et à cette ville. Les photographies qui accompagnent le texte de son périple vers Rikuzentakata en témoignent. Elles montrent une nature paisible, des enfants, des femmes et des hommes participant à des matsuri (fêtes traditionnelles), marchant paisiblement dans la rue, observant la nature qui les entoure. Il sait que ce qu’il trouvera à son arrivée n’aura plus rien à voir, mais au fond il ne peut pas imaginer l’ampleur de la catastrophe. Hatakeyama Naoya est un individu qui veut croire que ses proches ont réussi à échapper à la déferlante meurtrière. Sur le chemin, on lui apprend que les noms de sa mère et de sa sœur figurent sur la liste des rescapés. Il découvre aussi la solidarité et la capacité des gens à se mobiliser pour lui permettre d’atteindre son objectif. Une solidarité qui dépasse la simple entraide matérielle. Lorsqu’il apprend finalement que sa mère est décédée, Hatakeyama Naoya est en compagnie de l’amie d’un ami. “Alors que nous reprenons notre marche dans la neige, j’entends ses sanglots derrière moi. Je me retourne et la vois, le visage défait, de grosses larmes tombant de ses yeux, qui marche derrière moi, prête à tomber à chaque pas. Elle n’a jamais rencontré ma mère. Mais Maman (sa représentation), jusqu’à il y a un instant, bougeait dans sa tête. Devoir maintenant arrêter ce mouvement doit être bien triste pour elle”, écrit-il. Hatakeyama Naoya nous touche et nous transmet cette âme japonaise, cette infinie tristesse qui a frappé tout un peuple aussi brutalement que le tsunami a détruit des vies. “Rien n’est plus émouvant que toutes ces attentions inattendues et discrètes”, ajoute-t-il plus loin. Cette émotion, le lecteur la ressent également. Nous sommes tous des Hatakeyama Naoya. Nous nous rapprochons de Rikuzentakata, de la maison sur le talus de la rivière Kesen où vivait sa mère… Et puis, devant l’horreur de la tragédie, nous perdons notre voix, les mots n’existent plus. Hatakeyama Naoya est photographe. Alors, il nous montre et notre gorge se serre. Mais au fond, on aperçoit un pin, seul survivant. Un signe d’espoir.
Gabriel Bernard

Kesengawa de Hatakeyama Naoya, éd. Light Motiv, 35€
Rencontre avec l’auteur, le 9 novembre à 12h au Bal Café, 6 impasse de la Défense 75018 Paris.