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Littérature : Sakaguchi Ango, le torturé

Sakaguchi Ango est né en 1906. Il était le douzième enfant d’une puissante famille locale. / Hayashi Tadahiko

Originaire de la ville de Niigata, l’écrivain a entretenu une relation particulière avec elle. De quoi intriguer certains fans.

Le Japon possède un climat pluvieux. Sa côte Pacifique ne bénéficie pas exactement de ciels bleus, mais c’est un paradis si on la compare avec sa côte qui donne sur la mer du Japon”. Ces propos sont signés Sakaguchi Ango, un des écrivains les plus marquants de l’après-guerre, et illustrent son rapport compliqué avec sa région natale. Pour un autre grand romancier Nakagami Kenji, ce regard sur Niigata traduit bien ce qu’était l’auteur d’Une femme et la guerre, dont la traduction française ainsi que son adaptation sous forme de manga ont été publiés, à l’automne dernier, chez Philippe Picquier. “Il n’est pas devenu écrivain en lisant beaucoup de livres. Le vent qui souffle sur nous et le soleil qui brille au-dessus de nous, voilà les sources de la littérature d’Ango”, assure-t-il. Il y a en effet quelque chose de très brut dans sa manière d’aborder ses récits dans lesquels “Niigata est partout présente”, estime pour sa part Robert Steen, professeur à l’Oglethorpe University, à Atlanta. La ville le lui a bien rendu puisque on y trouve un monument érigé, en 1957, au sanctuaire Gokoku deux ans après sa disparition. Un bloc de granit de 30 tonnes sur lequel est gravé une phrase de Sakaguchi Ango et au verso un petit texte de l’écrivain Ozaki Shirô expliquant pourquoi il a été décidé de l’honorer à cet endroit. “Sur cette colline, où les rêves d’enfant de Sakaguchi Ango ont été enterrés, nous avons choisi d’ériger ce monument en sa mémoire”, peut-on y lire. Sur la face orientée vers la mer, quelques mots très courts de Sakaguchi qui, aujourd’hui encore, suscitent bien des interprétations. Ecrite un mois avant sa mort, cette phrase peut en effet être interprétée de multiples manières. “Furusato wa kataru koto nashi” peut vouloir dire “La ville natale est une histoire qu’on ne peut pas raconter”. Elle est suffisamment floue pour que l’on ne sache pas si l’écrivain parle de lui-même ou s’il s’agit d’une considération générale. Evoque-t-il sa ville natale ou s’agit-il de n’importe quelle ville natale ? On peut également se demander si cette idée de ne pas pouvoir raconter sa ville natale est perçue positivement ou négativement par lui. Bref, tout est possible, et bon nombre de personnes se sont interrogées, s’interrogent et s’interrogeront encore et encore pour savoir ce qu’il voulait dire réellement.