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Manga Shima Kôsaku, le personnage qui tombe toujours à pic

Extrait de Sôdanyaku Shima Kôsaku,
Shûkan Morning n°20, 16 avril 2020. / Hirokane Kenshi/Kôdansha

Comme ses fans pouvaient s’y attendre, Shima Kôsaku, personnage emblématique du manga, ne pouvait pas rester en retrait de la crise du coronavirus. Créé en 1983 par Hirokane Kenshi dans le magazine de prépublication Shûkan Morning de l’éditeur Kôdansha, il est un véritable baromètre de l’évolution de la situation dans l’Archipel. Les lecteurs assidus de ses aventures n‘ont donc pas été surpris de voir apparaître, dans le 20e numéro de l’année, un Shima Kôsaku portant un masque de protection. “Alors M. Shima, vous voilà avec un masque aujourd’hui”, lui lance la secrétaire du patron de l’entreprise dont il est devenu l’un des conseillers. “Comme je fais partie des personnes âgées, à 72 ans, j’ai intérêt à me protéger du coronavirus…”, lui répond-il. C’est qu’il n’est plus tout jeune celui dont on a commencé à suivre le parcours au milieu des années 1980. De kachô (chef de section), l’homme a eu une carrière exemplaire qui l’a conduit à devenir, en 2008, président (shachô) de Hatsu­shiba Goyô. Incarnation du salaryman totalement investi dans son travail, Shima Kôsaku s’est imposé au fil des années comme le miroir de cette partie importante de la population, ceux qu’on a appelés “les bons petits soldats de l’entreprise” à l’époque où l’économie japonaise brillait de tous ses feux.
Appartenant à la génération des baby-boomers, son regard sur le pays permet de saisir les préoccupations des Japonais, du moins cette génération dont l’influence reste prédominante dans la mesure où, faute de renouvellement de la population, elle reste au cœur de la gestion des affaires du pays. Voilà qui explique pourquoi lorsqu’il fut “nommé” président de son entreprise, le Yomiuri Shimbun, le principal quotidien du pays, suivi par le reste de la presse lui avait consacré ses gros titres. S’il n’occupe plus de poste exécutif, Shima Kôsaku n’en reste pas moins influent. Devenu conseiller (sôdanyaku), il apporte son expérience. D’ailleurs, dans l’épisode, où il apparaît avec son masque de protection, il se retrouve à devoir agir dans un contexte économique compliqué en raison notamment du report des Jeux olympiques. En suivant ses différentes interventions auprès de responsables politiques ou d’entrepreneurs locaux, les lecteurs comprennent les enjeux de l’économie réelle japonaise. Il n’est donc pas étonnant que Shima Kôsaku demeure si populaire. Car avec lui, les choses paraissent beaucoup plus simples à comprendre.
Gabriel Bernard