Le terme « Oni » renvoie à l’une des créatures les plus connues du folklore japonais. Souvent traduit par « Démon », il s’agit cependant d’un raccourci, la langue française ne pouvait saisir les subtilités de cette créature. Décryptage.
Quand on entend oni, cela n’a rien à voir avec les onigiri. C’est une des créatures les plus connues du folklore japonais. On le traduit souvent par « démon », mais cela ne me semble pas tout à fait juste. Il ne faut pas non plus le confondre avec les yōkai, êtres du surnaturel. Avec ses cornes, ses crocs et sa force surhumaine, l’oni est censé être effrayant. Pourtant, contrairement au démon occidental, l’oni paraît, comme le montre la série Demon Slayer, plus proche de nous. Il ressemble à une incarnation de sentiments profondément humains : la jalousie, la colère, l’obsession ou la rancune.
C’est peut-être pour cela que les Japonais ne parviennent pas à le détester. On le combat dans les légendes, mais on le transforme aussi en héros de mangas. Et surtout, on l’utilise partout. Une oni-yome est une épouse redoutée, un oni-jōshi un chef sévère. On dit aussi oni-kawaii ou oni-umai (diablement bon). L’oni sert ainsi aujourd’hui à tout intensifier. Enfin, l’oni n’est même plus un monstre !
Il existe également l’expression « transformer son cœur en oni », souvent employée avant de
se montrer dur avec quelqu’un pour son bien. Je m’en sers de plus en plus souvent au travail. C’est l’âge, mais c’est bien pratique.
Mais finalement, qu’est-ce qu’un oni ?
Le terme oni lui-même semble devenu un argument de vente, comme dans les « oni-ramen ». Les oni deviennent ainsi des personnages, des mascottes ou des produits. Ce qui relevait autrefois du folklore attire le marketing.
Mais ce phénomène ne s’arrête pas là. Les seichi junrei (« pèlerinages vers les lieux saints ») de l’animation suivent la même logique. Ce qui n’était au départ qu’un simple plaisir d’otaku se voit récupéré et transformé en ressource touristique destinée à attirer les visiteurs étrangers, au service de la stratégie de soft power nippon. J’observe avec méfiance cette tendance à transformer la culture en objet de consommation.
Alors, qui sont les véritables oni de notre époque ?