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    Accueil » Actu » Sôri
    Culture

    Sôri

    Par KOGA Ritsuko31/10/2025
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    Parution dans le n°154 (novembre-décembre 2025)

    Le 4 octobre, lorsque Takaichi Sanae a été élue présidente du parti au pouvoir, le Jimintô (Parti libéral démocrate, PLD), j’ai annoncé à un ami français : “Nous aurons bientôt une Première ministre ! Une femme !”. Surpris, il m’a répondu : “Déjà ? On vient d’en avoir un nouveau !”. Je lui ai dit : “Eh oui, mais au Japon, ça change souvent…”. C’est à ce moment-là qu’il a compris que je parlais de mon propre pays, et nous avons ri. Deux jours plus tard, nous avons éclaté de rire : notre malentendu était devenu réalité. Le premier gouvernement Lecornu venait de tomber avant même d’avoir un mois d’existence – dix fois plus bref que le mandat, déjà jugé court, de notre dernier Premier ministre Ishiba.
    Comme le Japon n’est pas un régime présidentiel, c’est le chef du parti au pouvoir – appelé sôsai au sein du PLD – qui se positionne comme shushô (chef des ministres). C’est ensuite lui qui devient Naikaku sôri daijin (Premier ministre), c’est-à-dire le chef du gouvernement et, dans les faits, le principal dirigeant politique du pays. Ce dernier terme est souvent abrégé en sôri, et shushô est employé comme synonyme – on pouvait ainsi dire Ishiba shushô ou Ishiba sôri.
    Alors, Takaichi sôri est-elle bien accueillie par la population ? “Non”, pour une partie des Japonais, en raison de ses idées marquées à droite et de son nationalisme conservateur. Elle rejette l’immigration et promet un Japon fort – cela rappelle quelqu’un aux Etats-Unis. Et sa phrase lors de l’élection du sôsai, “je vais travailler en abandonnant mon équilibre entre vie professionnelle et personnelle”, a suscité des critiques parmi les salariés qui refusent d’en faire un modèle. “Oui”, pourtant, car elle a brisé le “plafond de verre” : c’est une self-made woman en politique, studieuse, issue du rang et reconnue pour sa compétence économique.
    Alors deviendra-t-elle la “Dame de fer” japonaise qu’elle rêve d’être, ou rejoindra-t-elle la longue liste des sôri éphémères ? Dans ce cas, on ne pourra que lui dire : “Sorry!”
    Koga Ritsuko

    Nihongothèque 154

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