Littérature : Le Japon a encore de beaux restes

litterature-la-fusee-de-shitamachi-okeido-junLe souci des Japonais à l’égard du made in Japan se retrouve également dans la littérature. A tel point que l’un des grands succès de librairie en 2011 aura été le roman de Ikeido Jun, Shitamachi roketto [La Fusée de Shitamachi] dont la traduction française est programmée pour l’automne prochain chez le nouvel éditeur Books Editions. Sorti en novembre 2010 dans l’archipel, le roman a connu un véritable engouement en juillet dernier lorsqu’il a obtenu le prix Naoki, l’une des récompenses littéraires les plus prestigieuses. Son adaptation à la télévision sur la chaîne Wowow, équivalent japonais de Canal Plus, a définitivement fait de cet ouvrage un best-seller. L’intérêt du roman repose sur le combat que mène le personnage principal, Tsukuda, contre une grande entreprise qui risque de remettre en cause sa PME spécialisée dans la technologie spatiale. Ancien ingénieur dans une société importante du secteur aérospatial, il a décidé de quitter son poste après un échec personnel pour se consacrer au développement de sa petite société qui, en dépit de son fonctionnement à l’ancienne, porte en elle les valeurs traditionnelles du made in Japan. Le tissu industriel classique du Japon composé en premier lieu de PME a énormément souffert de la crise depuis 20 ans. Elles ont souvent été les premières victimes, servant d’amortisseurs aux entreprises plus importantes dont elles étaient les sous-traitants. Les machikôjô [usines de quartier], comme on les a surnommées, ont peu à peu mis la clé sous la porte, fragilisant en définitive l’ensemble du secteur industriel qui perdait des acteurs majeurs de son existence. Il n’est pas étonnant que le sujet ait d’abord intéressé les magazines économiques. Au  cours de la dernière décennie, plusieurs hebdomadaires spécialisés ont publié des reportages qui soulignaient l’importance de ces entreprises souvent invisibles, mais essentielles à la préservation d’un savoir-faire industriel. Rien ne dit que l’auteur de Shitamachi roketto a été influencé par ces publications, mais il est clair que le choix de cette thématique pour son roman correspond à une préoccupation réelle chez les Japonais qui s’inquiètent de la disparition de leur tissu industriel. Dans son livre, Ikeido Jun dénonce l’avidité des grandes entreprises prêtes à étouffer une PME prometteuse pour des questions bassement matérielles. La société de Tsukuda finit par s’en sortir grâce à l’intervention de son ex-épouse. Il y a donc une morale et le made in Japan est sauf. Il est aussi intéressant de souligner que le secteur dans lequel évolue la PME : l’industrie spatiale. Ikeido Jun ne l’a sans doute pas choisi par hasard. C’est un domaine dans lequel le Japon a beaucoup à apporter comme il l’a prouvé ces dernières années en participant au développement de la Station spatiale internationale. Bien écrit dans un style qui rappelle Murakami Haruki, Shitamachi roketto illustre très bien les enjeux auxquels le Japon va devoir faire face dans les prochaines années. Si les Japonais ne veillent pas sur leurs machikôjô, d’autres s’en chargeront au premier rang desquels figurent les Chinois. Ces derniers ont bien compris que le savoir-faire technologique et la qualité japonaise se trouvaient là-bas. Depuis quelques années, ils multiplient les rachats de ces PME japonaises afin, peut-être, d’améliorer à terme l’image du made in China.
Odaira Naihei