Quelle Histoire ?

Visite au sanctuaire Yasukuni, déclarations provocatrices, le passé ne cesse de faire des vagues.

Tokyo, April 10 2014 -Portraits of the "Spirits of Yasukuni Shrine" (deceased Japanese soldiers enshrined at Yasukuni shrine) on display inside Yushukan, Yasukuni's war museum.
Sur les murs du musée Yûshûkan implanté au cœur du sanctuaire Yasukuni, les portraits des soldats morts au combat. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Le 26 décembre dernier, le Premier ministre Abe Shinzô s’est rendu au sanctuaire Yasukuni, lieu où l’on honore la mémoire de ceux qui sont morts pour la patrie. Parmi eux figurent 14 criminels de guerre, ce qui a une nouvelle fois déclenché l’ire de ses voisins immédiats : Chine populaire et Corée du Sud. Même les Etats-Unis ont exprimé leur “déception” après cette visite très médiatisée qui s’ajoutait aux tensions déjà grandes dans la région. Quoi que le chef du gouvernement et les diplomates aient dit pour justifier sa présence dans ce lieu controversé, le sanctuaire symbolise une vision de l’ du Japon qui n’est pas celle communément admise à travers le monde. Et les critiques à l’égard d’un gouvernement faisant si peu de cas du passé n’ont cessé de s’amplifier. A tel point que le gouvernement chinois, pourtant montré du doigt pour son comportement agressif en Asie, a réussi à profiter de cette occasion pour rappeler avec un certain succès les tendances révisionnistes du Japon. Lors de son récent voyage en Allemagne, le président chinois Xi Jinping a demandé à visiter le Mémorial de l’Holocauste à Berlin pour souligner combien les Allemands avaient su faire un travail de mémoire à l’égard de leur passé militariste. En marge de sa participation, fin mars, au Sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye, aux Pays-Bas, le Premier ministre Abe s’est rendu à la Maison Anne Franck à Amsterdam, mais cela n’a pas servi à éteindre l’incendie qu’il avait déclenché.
Surtout que des proches nommés récemment à des postes importants au sein de la NHK, le groupe audiovisuel public, ont fait des déclarations remettant en cause l’existence des femmes de réconfort et l’importance du massacre de Nankin dont l’armée impériale est responsable. Plutôt que de se désolidariser de ces personnalités, le gouvernement japonais a affirmé qu’il ne pouvait pas condamner de tels propos prononcés à titre personnel. Une attitude choquante qui résume l’atmosphère dans le pays depuis plusieurs années. L’éducation patriotique est devenue une priorité. Il est donc peu probable que l’on assiste à un changement d’attitude des pouvoirs publics tentés d’oublier le passé. Dans le climat de tensions actuel en vigueur en Asie, le gouvernement a besoin de susciter la fierté nationale et ça marche. Au lendemain de sa visite au sanctuaire Yasukuni, le Premier ministre a fait un bond dans les sondages d’opinion. A la même époque, les cinémas de l’archipel proposaient l’adaptation du roman Zéro pour l’éternité (dont la version est publiée en France chez Delcourt) de Hyakuta Naoki. Le en tête du box-office pendant huit semaines reste encore à l’affiche, ce qui est relativement rare pour un long métrage sorti il y a près de six mois. Mais la question du sacrifice, du rôle des kamikaze intéresse de plus en plus. Récemment, le maire de Minami-Kyûshû, ville où ces pilotes s’entraînaient avant leur mission suicide, a proposé que les lettres laissées par ces hommes soient inscrites au Registre de la mémoire du monde de l’Unesco au même titre que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et que le Journal d’Anne Frank enregistrés respectivement en 2003 et 2009. De quoi alimenter la confusion et brouiller encore davantage les messages envoyés au reste du monde.
Odaira Namihei