Le déclin, non merci

Si de nombreux indicateurs montrent que la situation dans les régions se dégrade, la résistance s’organise.

Deux symboles du déclin des régions : vieillissement de la population et rues commerçantes à l’abandon. Mais l’heure du renouveau a sonné.
Deux symboles du déclin des régions : vieillissement de la population et rues commerçantes à l’abandon. Mais l’heure du renouveau a sonné.

Lorsqu’on arpente les rues de certaines villes de province, on est rapidement gagné par un sentiment de tristesse. L’an passé, à Kurayoshi, dans la préfecture de Tottori, patrie du mangaka Taniguchi Jirô (voir Zoom Japon n°47, février 2015), nous avions fait ce constat désolant d’une cité en déclin avec une population de plus en plus vieillissante et une économie à la peine malgré le volontarisme de certains. Mais force était de constater que la ville ne ressemblait plus à celle décrite par l’auteur de Quartier lointain (éd. Casterman). Même les affiches électorales du Parti libéral-démocrate proclamant “un retour au Japon d’antan”, c’est-à-dire un pays dynamique, avaient perdu leurs couleurs. Malgré cette atmosphère morose, une partie de la population ne veut pas baisser les bras et attendre la mort de leur région à petit feu. Pas question pour eux d’attendre que le gouvernement et les autorités locales se décident enfin à prendre le taureau par les cornes.
Certes, il existe un discours en faveur d’une revitalisation des régions. Et le ministre en charge de ce dossier, Ishiba Shigeru, est justement originaire de Tottori. Mais tout le monde sait bien que les promesses gouvernementales ne donneront guère de résultats car il ne suffit pas de décréter la fin du déclin pour que celui-ci suspende son vol funeste. Il faut mettre les mains dans le cambouis et trouver les ressorts qui permettront à la fois d’enrayer le phénomène et de redynamiser l’économie locale. Dans la préfecture voisine de Shimane, la question est tout aussi pregnante. Alors certains ont choisi de passer à l’action pour attirer de nouveaux habitants ou pour trouver des recettes susceptibles de donner un coup de pouce à l’économie locale. Comme dans d’autres régions du pays, Shimane est confronté au vieillissement rapide de sa population. S’appuyant sur une enquête d’opinion de 2014 réalisée par le Bureau du Premier ministre selon laquelle 46,7 % de 18-29 ans souhaitent à l’avenir quitter les grandes villes pour retourner à la campagne, les responsables de la ville de Gôtsu sont passés à l’action. Au cours des 10 dernières années, la ville de 25 000 habitants a perdu 10 % de sa population. Aussi le lycée départemental a-t-il imaginé un plan baptisé “Mago turn” (le retour des petits-enfants) qui consiste à inciter les parents vivant dans les grandes villes à l’extérieur de la préfecture à confier leurs enfants aux grands-parents qui résident à Gôtsu pour leur offrir un cadre plus agréable. L’idée semble séduire et constitue une approche originale.
C’est la même volonté d’éviter la mort annoncée d’un village qui a poussé Matsuba Tomi à s’installer à Ômorichô (411 habitants) et à y créer Gungendô. Cette société a pour vocation de promouvoir l’artisanat local, d’accueillir des touristes en quête d’authenticité afin de lui redonner du tonus. Faire du neuf avec de l’ancien, c’est un peu la philosophie de cette femme qui fait des émules dans le reste de l’archipel. Il est clair, aujourd’hui, qu’une des meilleures façons de ne pas céder aux sirènes du déclin consiste à miser sur les richesses locales en matière touristique. Le Japon n’en manque pas. Il ne lui reste plus qu’à les bonifier.
Gabriel Bernard