Setouchi : l’art, la culture et la mer

 

Il n’y a nulle part ailleurs dans le monde plus qu’ici.”  C’est dans son récit, publié en 1860, que le géographe allemand Ferdinand Von Richthofen décrit la Mer intérieure de Seto (Setonaikai). Cet espace maritime formé autour de trois des quatre principales îles du Japon sert depuis plus de 1500 ans  à tisser des liens culturels et économiques entre l’Eurasie et l’archipel. Avec plus de 700 îles et 7 000 kilomètres de côtes réparties sur onze départements, cette mer est devenue dès 1936 le premier parc national du Japon. Puis en 1988, c’est la construction du Grand pont de Seto faisant le lien entre Honshu, la plus grande île, et l’île de Shikoku qui a facilité l’accès et attiré les touristes. Symbole de cet intérêt : le grand torii de Miyajima, portail shintoïste flottant sur l’eau, rivalise avec les espaces, plus récents, dédiés à l’art contemporain. Cette région propose un concept de cohabitation unique où les œuvres d’art majestueuses ou discrètes sont disséminées en plein air épousant la nature et la mer. Ainsi, 7 préfectures : Hyogo, Okayama, Hiroshima, Yamaguchi, Kagawa, Tokushima et Ehime s’appliquent à lier l’art et la culture à la nature. Elles invitent visiteurs, touristes et aventuriers à découvrir son histoire et ses traditions toujours en mouvement et en perpétuelle évolution.

:::::: Triennale de Setouchi 2016 ::::::

S’il ne fallait garder qu’un seul festival d’Art contemporain sur terre, celui de Setouchi serait parmi les vainqueurs, car ce rendez-vous qui a lieu tous les trois ans dans des îles et ports de la mer intérieure de Seto est une véritable expérience immersive dans cette discipline souvent difficile d’accès.
La première édition avait réuni sept îles et attiré près d’un million de visiteurs. La deuxième a confirmé la triennale de Setouchi comme un événement majeur et a permis à la région de remporter le grand prix annuel du Japan Tourism Awards. La troisième reprend les valeurs des deux premières. Sur trois périodes (printemps, été et automne) durant toute l’année 2016 : 177 projets sont réalisés par les artistes de 25 pays différents tel que Christian Boltanski. Les douze îles se métamorphosent en un parcours artistique et touristique. Ce prototype exceptionnel de promotion du tourisme n’a pas d’équivalent, il est devenu un modèle pour d’autres régions du monde et en particulier en Asie. La triennale de Setouchi a aussi pour objectif de revitaliser le dynamisme de ces îles, les préfectures de Kagawa et d’Okayama, ainsi que les ports de Takamatsu et d’Uno. Tout comme l’art contemporain s’intègre aux paysages, la population connaît, elle aussi, un développement communautaire unique autour de l’art contemporain. Les habitants participent de plus en plus au festival pour la création de certaines installations, l’accueil des artistes ou cdes visiteurs. Ils veillent à la valorisation des œuvres qui, une fois le festival fini, constituent un fonds unique et impressionnant au milieu d’une nature préservée ou aménagée.
Ce festival est une expérience insolite qui transforme le visiteur en voyageur : un pass de trois jours permet, sans limites, de profiter des lignes de ferry reliant les îles. Pendant les périodes du festival les fréquences des traversées seront augmentées et des trajets supplémentaires seront ajoutés. Le rendez-vous est aussi l’occasion de découvrir les produits locaux et la cuisine issue des diverses traditions et coutumes insulaires. Pour les visiteurs étrangers, différents supports en anglais sont disponibles.

Périodes (total : 108 jours)
Printemps : 20/03 – 17/04  (29 jours)
Eté : 18/07 – 04/09 (49 jours)
Automne : 08/10 – 06/11 (30 jours)

Lieux participants ( points rouges sur le plan)Localités participant aux 3 périodes: : Naoshima / Teshima / Megijima / Ogijima / Shodoshima / Oshima / Inujima / Shamijima / Autour des ports de Takamatsu et d’Uno Uniquement au printemps : Honjima Uniquement en automne : Takamijima / Awashima / Ibukijima

1. Naoshima ::::::::::::::::::::::::::

Cette ancienne île industrielle de moins de 10km2, la Mecque de l’art contemporain symbolisée par le potiron de Yayoi Kusama, accueille aujourd’hui plus de 400 000 visiteurs par an. Cœur du festival, l’île de Naoshima héberge cette année plus de 10 projets parmi lesquels une œuvre architecturale conçue par Sou Fujimoto est présente au port de Miyanoura.

Naoshima Pavilion / Owner : Naoshima Town. Architect : Sou Fujimoto / Photo:Jin Fukuda

2. Inujima ::::::::::::::::::::::::::::::

L’île d’Inujima fut prospère au début du 20e siècle, durant une décennie, grâce à l’installation d’une raffinerie de cuivre. Aujourd’hui, la principale activité de l’île s’est développée autour de la friche industrielle transformée en musée d’art contemporain. Il incarne le concept initial de l’art de Setouchi : donner une nouvelle valeur à une ressource locale. Inujima fait partie des principaux lieux de la Triennale.

Inujima « Art House Project » S-Art House. Haruka Kojin : contact lens, 2013 / Photo: Takashi Homma

3. Onomichi :::::::::::::::::::::::::::

Dans une ancienne école abandonnée de l’île de Momoshima (ville de Onomichi), l’artiste Yukinori Yanagi a créé une « base artistique cachée ». L’île ayant subi un fort dépeuplement voit depuis peu des créateurs et des œuvres redynamiser et réenchanter ce havre de paix où les  habitants cultivent fruits, légumes et fruits de mer. L’espace dédié à l’art contemporain s’est ouvert en 2012, on y entend le bruit des vagues !

ART BASE MOMOSHIMA. Yanagi Yukinori : Banzai Corner

4. Shimonoseki :::::::::::::::::::::::

A la fin de l’ère Edo, le Japon a vécu une grande période de restauration qui marque le début de l’ère Meiji. La ville de Shimonoseki témoigne de cette époque grâce aux traces laissées par Shinsaku Takasugi, un des importants samouraïs de cette révolution. Avec ses compagnons, il a combattu le Shogunat et entrainé le pays vers la modernisation. La ville propose un parcours historique où l’on se détend en mangeant du poisson frais.

5. Awaji ningyo-za ::::::::::::::::

L’île de Awaji est la plus grande de la mer intérieure. On y voue un véritable attachement au Awaji ningyô-za. Ce théâtre entièrement dédié aux spectacles de marionnettes jôruri est unique au Japon. Cet art théâtral et traditionnel vieux de cinq siècles est originaire de cette île. Inscrit comme « Bien culturel immatériel national », on le découvre dans le théâtre à côté du port Fukura, là d’où l’on part pour observer les tourbillons de Naruto.

6. Oyamazumi-jinja :::::::::::::::

Situé dans l’île d’Omishima, le sanctuaire d’Oyamazumi-jinja préserve le bois de camphriers, une espèce endémique protégée par la loi. Les samouraïs de l’époque y ont laissé un nombre impressionnant d’armures (yoroi) et d’équipements militaires en offrande aux dieux de la montagne, de la mer et de la bataille. On peut voir celles de certains personnages historiques parfaitement préservées.

Armure portée par Tsuruhime d’après la légende. Conservée à Oyamazumi-jinja

7. Iya ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

Le village Iya, dans le département de Tokushima, se mérite ! Son accès vaut un parcours dans la jungle. On traverse plusieurs ponts suspendus fait de lianes dont un, long de 45 mètres, est inscrit au patrimoine du Japon. Après avoir franchi un col grâce à un funiculaire manuel, vous pouvez vous arrêter pour un café ou pour passer la nuit dans une maison datant de 1699. Sinon profitez des stations thermales de la région !

 

Texte : Béatrice Foret