Shopping : Tout est bon dans l’occasion

Rencontre avec Garan Mitsujirô

Directeur des publications The Japan Journal of Remodeling et The Re-use business journal*, Garan Mitsujirô est un observateur attentif du marché de la seconde main dans l’archipel. Il a reçu Zoom Japon pour le décortiquer et l’analyser.

Garan Mitsujirô connaît parfaitement le marché de l’occasion. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
Garan Mitsujirô connaît parfaitement le marché de l’occasion. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Vous avez lancé il y a quinze ans une publication sur le marché de l’occasion au Japon. Pourquoi ce choix ?
Garan Mitsujirô : J’ai d’abord commencé par lancer un hebdomadaire sur le sujet de la rénovation de logements au Japon, il y a maintenant 28 ans. Je prédisais à l’époque un changement dans le secteur du marché de l’immobilier : celui de l’arrêt du tout neuf pour se réapproprier le bâti, donner une seconde vie à l’existant. Aujourd’hui, la rénovation est un enjeu majeur au Japon où il y a 8 millions de maisons vacantes : c’est un problème qui va continuer de s’aggraver inexorablement avec le vieillissement de la population. J’aimerais que chacun en prenne davantage conscience et arrête de penser neuf pour se tourner vers la récupération et le recyclage. C’est ainsi que l’émergence du marché de l’occasion a attiré toute mon attention il y a une vingtaine d’années. Nous sortons une parution deux fois par mois pour les professionnels du secteur. Nous donnons également des informations sur le marché, les bonnes idées mises en œuvre dans certains magasins, les tendances.

Selon vous, à quoi est dû ce retour au mottainai ?
G. M. : Il y a dix ans, la différence entre les salaires les plus importants et les plus faibles s’est creusée. Les gens ont commencé à chercher des manières de consommer alternatives et ces dernières deviennent de plus en plus présentes dans la vie de tous les jours. Les jeunes ménages les intègrent de plus en plus facilement et sont davantage sensibles au gaspillage. Ils utilisent les produits plus longtemps et ne sont plus hésitants à choisir de la seconde main. Le terrible tremblement de terre du 11 mars 2011 est également passé par là. Il a fondamentalement changé les gens. Les entrepreneurs sont plus ouverts à de nouveaux modèles, plus solidaires, ils se disent prêts à respecter davantage l’environnement aussi. Cette prise de conscience est nouvelle. Ce sont des enjeux qui sont très importants pour moi.

A quoi ressemblaient les tout premiers magasins d’occasion au Japon?
G. M. : La toute première forme de ce type de commerce est très ancienne au Japon. Elle remonte à l’ère Kamakura, il y a 1000 ans environ. Ce sont les samouraïs qui ont lancé l’idée. A l’époque, il s’agissait davantage de monts-de-piété : on laissait ses biens en échange d’argent et il était possible de revenir les récupérer, une fois la somme remboursée. Ce type de magasins existent toujours aujourd’hui au Japon, mais sont plutôt marginalisés. Il a fallu du temps pour voir émerger cette nouvelle génération de magasins d’occasion populaires, modernes et dans l’air du temps.

Sur quoi repose le succès de l’occasion au Japon aujourd’hui ?
G. M. : L’occasion n’a plus cette image décatie, démodée. Aujourd’hui, elle est liée à ce respect de l’environnement et c’est tant mieux. Les magasins sont propres, fiables, et les gens ont appris à leur faire confiance, car ils ont fait d’énormes efforts pour prouver leur sérieux à travers des services impeccables. Le fait de pouvoir jouir d’une garantie lorsque l’on achète un frigo de seconde main, même si elle est très courte, est un gage de confiance énorme. Qui rassure n’importe quel client. Il y avait un réel travail à faire à ce niveau-là je pense. Il faut aussi remettre les choses dans son contexte. En France ou en Italie, les gens gardent les vieux meubles, qu’ils transmettent parfois de génération en génération. A l’époque de la bulle financière au Japon, on gaspillait beaucoup. On ne pensait qu’à acheter le dernier cri. Les jeunes ménages japonais ne peuvent plus se permettre ce type de comportements. Ils ont moins de pouvoir d’achat. Ils fréquentent beaucoup plus facilement les boutiques de vêtements d’occasion ou les boutiques de recyclage qui poussent comme des champignons à Tôkyô.

Propos recueillis par J. F.

*www.reform-online.jp
et www.recycle-tsushin.com