Danse : Le mystérieux bugaku de Miyajima

Située en face de , l’île est un des lieux les plus sacrés du pays. On y pratique encore des danses séculaires.

L’immense torii a été construit sur la mer parce que l’ensemble de l’île est un territoire sacré. / Angeles Marin Cabello pour Zoom Japon

Le mystère de l’Orient est légendaire”, écrivait Charlie Chaplin. “Il était dans l’air au moment où nous sommes arrivés à Kyôto, et maintenant à Tôkyô, il a commencé à nous envelopper.” Si l’acteur qui a incarné Charlot s’était aventuré jusqu’à l’île de Miyajima dans la préfecture de Hiroshima, il aurait trouvé cette impression de mystère vraiment tangible. Cela débute avant même de prendre le ferry pour l’île. À l’extérieur du terminal du ferry de Miyajima Guchi à Hiroshima, une grande statue intimidante vous regarde. Ses vêtements verts et dorés sont magnifiques, mais son masque grimaçant est effrayant avec des yeux démoniaques et gonflés, des dents obscènes et des oreilles de renard. Un oiseau doré mythologique est perché sur sa tête.
“De quel diable s’agit-il ?” ne peut-on s’empêcher de se demander. Cette créature étonnante se révèle être un personnage de bugaku, la plus ancienne danse et de cour encore jouée dans le monde. Le bugaku est arrivé au Japon depuis la Chine, la Corée et le Vietnam via l’Inde au cours du VIIe siècle. Il s’est rapidement imposé comme un divertissement pour les empereurs et les aristocrates. Le prince Shôtoku (572-622), bouddhiste pieux, en était un fervent amateur. Au fil des siècles, à l’instar des éléments autochtones du shintô incorporés dans le rituel bouddhiste original, le bugaku japonais s’est développé dans une forme d’ unique. Aujourd’hui, le bugaku n’existe plus qu’au Japon, ayant complètement disparu dans les pays où il a pris naissance. Dans l’archipel, il est resté un privilège réservé aux élites pendant plusieurs siècles. En fait, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que de simples citoyens ont eu la chance de l’admirer. Désormais, le bugaku n’est exécuté que dans une poignée de sites sacrés, comme la Maison impériale, le temple Shitenno-ji à Ôsaka et le sanctuaire d’Itsukushima à Miyajima. C’est pourquoi cela reste un privilège rare d’assister à ce séculaire. Et le voir à Miyajima, “l’île où les gens et les dieux cohabitent”, le rend encore plus spécial dans la mesure où c’est un endroit tellement mystique. C’est aussi l’un des trois plus beaux sites du Japon qui a été inscrit au mondial. Par conséquent, c’est un cadre idéal pour faire un voyage vers un autre monde.

Le bugaku trouve notamment son origine en Chine et au Vietnam, mais c’est au Japon qu’il perdure. Cette danse de cour se partage en deux mouvements : les danses de gauche avec des danseurs aux habits dominés par la couleur orange et les danses de droite où le vert est prédominant. Leurs mouvements répétitifs sont rythmés par une musique presque entêtante où flûtes et tambours contribuent à leur donner une dimension quasi mystique.

Angeles Marin Cabello pour Zoom Japon