Sport et manga : les deux font la paire


Les années 1990 ont amené une plus grande diversification dans le genre des mangas sportifs et une poignée de nouveaux succès. Honô no Tôkyûji : Dodge Danpei, par exemple, a aidé à populariser la balle aux prisonniers auprès des enfants des écoles tandis que Kyôtei Shôjo [Fille de kyôtei] s’intéresse aux courses de bateaux. Kaze no daichi [La terre du vent] mêle golf et histoire d’amour, tandis que Ganba! Fly High est un manga unique puisque son auteur, Morisue Shinji, est un ancien gymnaste champion olympique. Dans le même temps, Major de Mitsuda Takuya a remis le base-ball au premier plan parmi les mangas sportifs en suivant l’exemple d’Olive et Tom. Il montre l’évolution et les tribulations du héros de la maternelle jusqu’à sa carrière de joueur professionnel dans le championnat américain.
Mais le plus grand succès de la décennie – et l’un des mangas de sport les plus appréciés de tous les temps – concerne un adolescent délinquant qui pratique un sport mineur pour impressionner les filles. Dans les années 1990, le basket était peut-être au cœur des passions en Europe et en Amérique, mais personne ne semblait s’en soucier au Japon. En conséquence, il était considéré comme un sujet tabou dans l’industrie du manga, et aucun éditeur ne voulait y toucher. Puis l’auteur Inoue Takehiko a convaincu l’éditeur Shûeisha de faire un manga sur le basket, sport qu’il pratiquait au lycée. La réponse des lecteurs a été étonnante puisque Slam Dunk (éd. Kana) est devenu un succès avec plus de 120 millions d’exemplaires vendus dans l’Archipel seulement, faisant à lui seul du basket un sport cool.
Depuis, l’auteur est devenu une sorte d’ambassadeur du basket, créant deux autres titres dans les années 1990, Buzâ Bîtâ [Buzzer Beater] et Real (éd. Kana), ce dernier sur le basket en fauteuil roulant. Quant à Slam Dunk, il a été élu, en 2006, manga numéro un de tous les temps dans un sondage réalisé auprès de 79 000 fans de mangas. Trois ans plus tard, dans un autre sondage portant sur les œuvres d’art préférées des gens, il a pris la première place dans la catégorie manga.
Mais qu’en est-il du sumo ? Après tout, c’est le sport national du Japon. Certes, les gros gars gras n’ont jamais été l’un des sujets les plus en vogue dans les mangas, mais le nouveau siècle a vu la naissance d’une série plutôt réussie grâce à Satô Takahiro, l’auteur de Bachi bachi. L’histoire suit un autre mauvais garçon, Samejima Koitarô, le fils unique d’un grand lutteur de sumo en disgrâce, alors qu’il se fraye un chemin d’abord dans une écurie, puis dans les rangs du sumo professionnel. La série a été publiée entre 2009 et 2012. Elle a eu suffisamment de succès pour être suivie de deux suites Bachi bachi BURST (2012-14) et Koitarô saigo no jûgo nichi [Les derniers 15 jours de Koitarô, 2014-18] .

Jean Derome