L’œuvre de Shimazu Yasujirô ressuscite à Paris

Dans le cadre de son programme sur les cinéastes méconnus, la MCJP s’intéresse au contemporain d’Ozu et Mizoguchi.

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Yae, notre petite voisine (Tonari no Yaechan) de Shimazu Yasujirô  © 1934, Shôchiku Co., Ltd.

Cela fait plusieurs années que la Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP) nous régale de cinéma et nous permet de ratrapper notre retard dans ce domaine, en nous offrant la possibilité de découvrir des cinéastes dont on ne connaissait quasiment rien et qui ont pourtant marqué l’histoire du 7e art dans l’archipel. Du 6 au 16 octobre, c’est Shimazu Yasujirô qui bénéficie de ce traîtement de faveur  avec la programmation de quelques-uns de ses films. Contemporain d’Ozu et Mizoguchi, il a joué un rôle clé dans le développement d’un cinéma d’auteur avec des comédies légères et pleines de fraîcheur. Yae, notre petite voisine (Tonari no Yaechan, 1934), qui inaugure le cycle à la MCJP, en est sans doute l’un des meilleurs exemples. Dans un quartier en construction de la banlieue de Tokyo, le cinéaste s’intéresse à la vie de deux familles, les Hattori et les Shinkai, de la classe moyenne dont les maisons sont voisines et les relations sont étroites. Entre Keitarô, l’aîné des Shinkai, et Yaeko, la fille des Hattori, il existe une forte complicité quasi fraternelle qui, à leur âge, malgré tout se transforme en une idylle, ce qui donne parfois au film un côté romantique. Mais le plus intéressant dans ce long métrage que beaucoup considèrent comme le chef-d’œuvre de Shimazu, c’est la volonté du réalisateur d’explorer l’univers de la classe moyenne japonaise. Celle-ci commence à prendre de l’importance au Japon au début des années 1930 et ce film est un témoignage intéressant sur la façon dont elle vivait alors. D’un point de vue cinématographique, Yae, notre petite voisine est une très bonne illustration du travail de mise en scène accompli par le réalisateur qui s’attachait à mettre les acteurs à leur aise pour qu’ils s’expriment le plus naturellement possible, ce qui renforce la sensation de légèreté caractéristique de son œuvre.
Dans Okoto et Sasuke (Okoto to Sasuke, 1935) adapté du roman de Tanizaki Junichirô Notes sur la vie de Shunkin, on retrouve ce même souci de donner aux acteurs une liberté dans le jeu, ce qui permet à Shimazu d’exploiter au mieux leur côté dramatique. Même chose avec Un Frère et sa petite sœur (Ani to sono musume, 1939) qui est une nouvelle plongée dans le milieu des classes moyennes. Il traite de l’embarras de Keisuke dont la sœur Fumiko a refusé les avances d’un des ses collègues qui n’est autre que le neveu du patron de l’entreprise où il travaille. On retrouve dans ce film le même dynamisme qui a habité une grande partie de l’œuvre de ce cinéaste méconnu que l’on commence à redécouvrir au Japon même. Lorsque vous sortirez de la MCJP après avoir vu les sept films programmés, vous aurez alors l’impression d’avoir comblé quelques lacunes cinématographiques.
Gabriel Bernard

Pratique :
Yasujirô Shimazu ou les plaisirs de la modernité
Du mercredi 6 au samedi 16 octobre à la Maison de la culture du Japon à Paris.
101 bis, quai Branly 75015 Paris
Tél. : 01 44 37 95 01 – www.mcjp.fr