Le moral dans les chaussettes

Un sondage réalisé pour le compte du gouvernement montre que les jeunes Japonais ne voient pas la vie en rose.

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Salle de formation pour les nouvelles recrues. © DR

Les  jeunes n’ont plus de rêves”. C’est avec ce gros titre que le Yomiuri Shimbun ouvrait son édition du 4 mai dernier. Le principal quotidien japonais publiait et analysait les résultats d’une enquête réalisée par le gouvernement dans le cadre de son rapport annuel sur les enfants et les jeunes (Kodomo wakamono hakusho). Autant le dire tout de suite, la jeunesse nippone n’a guère le moral. Elle s’inquiète évidemment de son avenir, en particulier dans le domaine de l’emploi, de ses revenus et de sa retraite. 82,9 % des personnes interrogées dans la tranche d’âge 15-29 ans expriment des craintes quant à la possibilité pour elles de trouver un emploi payé décemment. Avec 81,5 % de jeunes inquiets à son sujet, la retraite est la seconde source d’inquiétude après la possibilité de trouver un emploi (79,6 %). Il est vrai que la précarité est devenue une réalité pour bon nombre d’entre eux, y compris parmi ceux qui ont fait des études supérieures. En comparaison avec la situation vécue par leurs parents, celle des diplômés d’aujourd’hui est très préoccupante. Les taux d’embauche sont en chute libre et de nombreux étudiants préfèrent poursuivre leurs études que d’avoir à se lancer sur le marché du travail qui ne leur procurera guère de satisfactions.
Dans l’étude menée par le gouvernement, il est intéressant de noter que le travail n’est plus perçu comme une source d’épanouissement. A la question “Que recherchez-vous dans le travail ?”, 63 % des jeunes interrogés répondent “une source de revenus”. Ils sont seulement 15 % à répondre “pour satisfaire mes rêves et mes espoirs”. Cela tranche aussi radicalement avec la situation qui prévalait dans le passé. Il y a de toute évidence un divorce de plus en plus net entre la jeunesse et la société dans laquelle elle ne trouve pas sa place et qui ne lui permet pas de se projeter dans le futur. Cette incertitude pesante a été sans doute renforcée chez certains par les événements de mars 2011. Le séisme et le tsunami, qui ont endeuillé le nord-est du pays, ont également soulevé de nombreuses interrogations qui n’ont toujours pas trouvé de réponses au niveau politique. La paupérisation de la société japonaise est le plus grand défi à relever. Pour Yuasa Makoto, fondateur de l’association Moyai [Les amarres], il est temps de repenser la structure de la société japonaise qui n’a guère évolué en dépit d’une vingtaine de crises restées sans solution. Dans un long entretien accordé à l’hebdomadaire Dokushojin, il s’inquiète du manque de réactivité des pouvoirs publics     qui ne mesurent pas l’ampleur du phénomène. On peut se demander d’ailleurs si les résultats de l’enquête réalisée dans le cadre du rapport annuel sur les enfants et les jeunes seront décortiqués par les autorités compétentes afin de ramener une petite dose d’optimisme dans cet océan de noirceur que représente le quotidien pour des millions d’entre eux.
Gabriel Bernard