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Le vain combat de Mishima

L’auteur de Confession d’un masque rêvait de sauver le Japon. Il a échoué. Wakamatsu Kôji s’intéresse à ses dernières années décisives.

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Juste avant de se donner la mort, l’écrivain s’adresse à des soldats qui finissent par se moquer de lui. ©Wakamatsu Production

Alors qu’il est en lice pour un Prix Nobel, Mishima Yukio entame un rigoureux entraînement militaire où il fait la rencontre d’étudiants de droite. Ensemble, ils forment une milice privée, le Tatenokai (Société du Bouclier), voué à la défense des valeurs japonaises et de l’honneur des samouraïs. Selon l’écrivain, seule la restauration du pouvoir de l’Empereur peut sauver le Japon, et il est prêt à tout pour concrétiser ce projet, même mourir. C’est ce passage de la vie de Mishima que Wakamatsu Kôji a choisi de raconter dans son dernier grand film présenté à Cannes quelques mois avant sa disparition dans un accident de la circulation. Désireux de décrypter les dérives de la société japonaise capable d’exprimer parfois une violence extrême, le cinéaste avait entamé en 2007, avec United Red Army (Jitsuroku Rengô Sekigun: Asama sansô he no michi) une réflexion que ce long métrage consacré aux dernières années de l’auteur du Pavillon d’or complète parfaitement. De l’extrême gauche, il passe à l’extrême droite pour montrer que les désirs de changement incarnés par tous ces personnages engagés n’ont finalement abouti qu’à leur propre destruction. Comme toujours, Wakamatsu ne fait pas dans la demi-mesure et livre un film fort sans concession. Le spectateur, témoin ou non de cette époque, est ainsi amené à participer à sa réflexion. La passivité n’a pas droit de cité dans le cinéma du réalisateur de Soldat Dieu (Kyatapirâ, 2010). Servi par de brillants acteurs, notamment Iura Arata dans le rôle de Mishima et Terajima Shinobu qui interprète son épouse, ce film offre un beau témoignage sur une période du Japon que l’on connaît peu en France. 1970, c’est l’année de l’exposition universelle d’Ôsaka, laquelle marque de façon définitive l’entrée du pays dans le club des grandes puissances économiques. C’est aussi l’année où les Japonais commencent à voyager en masse à l’étranger. Japan Airlines met en service les premiers 747. C’est également le moment où paraît en kiosque An An, bimensuel destiné aux jeunes femmes et inspiré par le magazine Elle. On ne pense plus alors qu’à consommer, voyager, se marier et travailler. Les idées de changement voire de révolution pour certains ne rencontrent plus guère d’écho dans l’opinion publique. Le combat est perdu. Mishima qui s’adresse aux militaires fait face à des hommes qui le raillent.  Le Japon ne bougera pas. Au fond de lui, le cinéaste a conservé tout au long de son existence un désir de transformer la société japonaise et une colère face à ses contemporains qui n’ont pas bougé et tout accepté au nom de la croissance économique. Tout comme United Red Army, 25 novembre 1970 : le jour où Mishima choisit son destin (11.25 Jiketsu no Hi : Mishima Yukio to Wakamonotachi) est sorti dans un pays en plein doute. Confrontés à la crise depuis une vingtaine d’années et aux conséquences du tsunami du 11 mars 2011, les Japonais ont reçu le film comme un témoignage d’une époque révolue. Pourtant les défis auxquels le Japon est confronté restent considérables et pour y répondre, le pays a besoin d’hommes et de femmes capables d’entrevoir les dangers que certaines politiques peuvent faire courir au pays. Wakamatsu est décédé juste avant le retour au pouvoir du Parti libéral-démocrate dont les idées dans certains domaines l’auraient forcément mis en colère.
Odaira Namihei

25 novembre 1970 : le jour où Mishima choisit son destin, de Wakamatsu Kôji (2011, VOSTF, 1h59).
Le 27 novembre au cinéma.