La simplicité et rien d’autre

Dans ses films, Yamada Yôji propose une cuisine simple et conviviale. Les râmen en sont la meilleure illustration.

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Pour le cinéaste, un bol de râmen incarne parfaitement l’esprit de ses films.

Cinéaste des petites gens, des quartiers populaires et de la simplicité, Yamada Yôji s’intéresse aussi à la nourriture dans ses films. Mais pas question pour lui de montrer la cuisine sophistiquée des grands restaurants. Il s’agit plutôt d’aller à l’essentiel, en entraînant les spectateurs dans les établissements où les Japonais aiment se retrouver pour déguster des plats simples ayant du caractère. Il n’est donc pas étonnant que les râmen (nouilles en bouillon) occupent une place de choix dans bon nombre de ses réalisations. Non seulement c’est un plat simple, mais il incarne aussi une incroyable diversité qui sied parfaitement à la variété des régions visitées par les différents personnages imaginés par le metteur en scène.
On dit souvent que Yamada Yôji est le dernier grand metteur en scène de l’ère Shôwa (1926-1989) encore en activité. En même temps, les râmen incarnent le goût de cette période qui se caractérise à la fois par la guerre et par la reconstruction. Il n’est donc pas étonnant que ce plat occupe une place non négligeable dans les menus filmés par le cinéaste. C’est à partir des années 1920 que se sont développées un peu partout dans les villes des échoppes de râmen. Leur faible coût séduit surtout les classes populaires qui peuvent ainsi se payer un repas solide. La plupart des restaurants s’implantent non loin des gares ou dans les rues commerçantes (shôtengai) des centres-villes. “En Occident, les râmen que l’on peut déguster dans les restaurants se situent à un niveau de prix relativement élevé par rapport à la cuisine ordinaire. Au Japon, c’est le contraire. Dans notre pays, si l’on prend comme référence un billet de 1000 yens [7,70 euros], tout plat qui coûte moins de cette somme entre dans la catégorie B (Bîkyû gurume), c’est-à-dire une cuisine qui se consomme en toute simplicité. Un bol de râmen coûte entre 600 et 900 yens. Cela a contribué à en faire un plat très populaire. La deuxième raison repose sur le fait que les râmen s’intègrent parfaitement aux habitudes alimentaires des Japonais”, assure le chroniqueur gastronomique Hantsu Endô. Les râmen conquièrent l’ensemble de la population au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Naturellement cette spécialité, dont plusieurs régions du pays revendiquent la paternité ou proposent des variantes, a toute sa place dans la filmographie de Yamada Yôji. Lorsqu’il tourne Gakkô II [Ecole 2] en 1996 dans la région d’Asahikawa, à Hokkaidô, le cinéaste ne peut décemment pas éviter de tourner une scène dans un restaurant de râmen puisque Asahikawa en est l’un des principaux centres au même titre que Sapporo ou encore Kushiro pour ne parler que de l’île septentrionale. Dans la série Otoko wa tsuraiyo [C’est dur d’être un homme], les restaurants de râmen apparaissent aussi régulièrement dans la mesure où les menus sont abordables et l’atmosphère qui y règne cadre parfaitement avec ce que le metteur en scène veut rapporter aux spectateurs. Dans La Maison au toit rouge (Chiisai ouchi), Yamada Yôji n’aborde pas les râmen, mais il reste dans la simplicité avec le tonkatsu (côte de porc frite) et les udon (pâtes en bouillon), deux plats qui traduisent l’attachement viscéral du cinéaste à cette cuisine simple et conviviale que les Japonais n’ont jamais cessé de plébisciter.
Gabriel Bernard