Rencontre : L’homme qui adore les bars

Comment gérez-vous la surpêche ?
M. A. : En dehors de ma règle concernant la remise à l’eau, je cible d’autres espèces comme la daurade et le maquereau espagnol. Ils sont assez bons à manger et ne sont pas menacés d’extinction dans la baie de Tôkyô. Comme vous le savez, le poisson fait partie du régime alimentaire japonais, et la plupart des pêcheurs à la ligne veulent manger leurs prises. En fait, la baie de Tôkyô est un bon environnement pour la pêche. Elle est très riche car de nombreuses rivières s’y jettent, apportant le type de nutrition recherché par les poissons.

Qu’en est-il de la pollution ?
M. A. : J’ai entendu dire que la situation était extrêmement mauvaise dans les années 1970, mais aujourd’hui elle est bien meilleure grâce à une réglementation plus stricte et à une meilleure technologie de traitement des eaux. C’est un fait que le poisson est revenu dans des endroits où il avait complètement disparu il y a 40 ou 50 ans. Bien sûr, ce n’est pas encore parfait. Par exemple, toute l’eau passe dans le même tuyau à la station d’épuration des eaux usées. Maintenant, quand il pleut beaucoup, il y a trop d’eau qui entre et ils ne peuvent pas tout nettoyer correctement, alors une partie des eaux usées déborde dans la baie. Vous pouvez le sentir. Cela dit, la baie de Tôkyô est assez vaste, donc si vous attrapez du poisson près de son embouchure, il est généralement bon à consommer. Moi-même, je parcours toute la baie en quête de la meilleure prise.

La taille de la baie se réduit à mesure que l’on y construit de nouvelles îles artificielles et infrastructures (quais, jetées, etc.). Est-ce un problème pour la pêche ?
M. A. : Oui et non. En fait, le bar aime les trucs faits par l’homme. Ils se tiennent autour des structures offshore comme les quais et les murs verticaux. D’autre part, il y a de moins en moins d’eau peu profonde dans la baie de Tôkyô. C’est là que vivent de nombreux gros poissons et qu’ils choisissent leurs zones de frai. En ce sens, la présence humaine nuit à leur écosystème. En tout cas, je pense qu’on ne va plus se lancer dans de grands projets dans cette zone. La dernière grande construction a été le pont Tokyo Gate inauguré en 2012. Les promoteurs en ont pratiquement fini car tout le littoral naturel de Tôkyô et de Yokohama a déjà été construit. Du côté de la préfecture de Chiba (à l’est de la capitale), il en reste encore un peu, mais je pense que c’est considéré comme trop loin et peu pratique.


Propos recueillis par J. D.