Découvrir la capitale façon Ozu

L’immeuble Wako est l’un des plus emblématiques de Ginza. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon


Le bus suit le contour du Palais avant de prendre vers le sud en direction du Parlement. Nous passons devant l’ambassade britannique sur notre droite. Après que les puissances occidentales aient forcé le Japon à s’ouvrir au commerce extérieur, la délégation britannique a d’abord été installée à Yokohama, puis à Sengakuji avant de prendre possession, en 1874, de ce terrain de premier choix, face au Palais. Le bâtiment original de l’ambassade a été conçu par Thomas Waters, le même architecte qui a construit le premier quartier de style occidental à Ginza.
Nous passons par une autre porte, Hanzômon, qui, comme notre guide nous l’explique, tire son nom de Hattori Hanzô, un célèbre samouraï du XVIe siècle. Surnommé Demon Hanzô en raison de la terreur qu’il répandait parmi les troupes ennemies, il entretenait des liens étroits avec Iga, la région ninja la plus célèbre du Japon. C’est lui qui a incité le futur shôgun Tokugawa Ieyasu à recruter davantage de ninja dans son armée. Personnage populaire, on dit même qu’il possédait des dons surnaturels comme la téléportation et la psychokinésie (!).
Le guide attire notre attention sur un bâtiment bas et sombre, presque caché derrière une rangée d’arbres. Les caractères chinois blancs apposés sur sa façade lui font perdre son identité. Il s’agit du Théâtre national. Bien qu’il s’efforce de passer inaperçu, c’est en fait un exemple impressionnant de beauté discrète, construit dans le style azekura qui rappelle Shôsô-in, la célèbre maison du trésor du Tôdai-ji, à Nara.
Juste à côté du Théâtre national, l’austère Cour suprême du Japon frappe d’une tout autre façon. Construit avec 170 000 pierres en provenance de la préfecture d’Ibaraki, au nord de la capitale, le bâtiment ressemble à une forteresse ou à un bunker. Il a été défini comme oppressant et peu attrayant, ce qui est probablement l’impression que l’architecte Okada Shin’ichi et les juges voulaient lui donner. Après tout, la Cour suprême représente la plus haute instance judiciaire en mesure de trancher les questions de droit national. Notre guide annonce que nous approchons du Parlement, mais nous avons d’abord le temps d’admirer les magnifiques douves de Sakurada où l’intimidant mur de pierre a été remplacé par une douce pente verte couverte d’arbres et de broussailles. Il y a 13 douves autour du Palais, mais celle-ci est de loin la plus belle. Je ne peux que remarquer le contraste entre les deux côtés de cette rue : à gauche, les anciens murs de pierre et les douves de l’ancienne résidence du shôgun ; à droite, une forêt de bâtiments modernes, dont certains arborent des colonnes en forme de totem remplies d’antennes paraboliques.
Nous sommes encore en train de rêver au Moyen-Âge quand le bus prend un virage serré à droite et que, tout à coup, le bâtiment de la Diète apparaît devant nous avec son toit caractéristique en forme de pyramide. Le Parlement est de forme symétrique. Lorsqu’on le regarde de face, le bâtiment de gauche est la Chambre des Représentants (députés) tandis que celui de droite est la Chambre des Conseillers (sénateurs). A l’origine, il était interdit aux promoteurs d’ériger des structures afin de garder la vue frontale aussi dégagée que possible. Là encore, le pouvoir de l’argent a fini par convaincre les urbanistes romantiques et la vue frontale de la Diète, autrefois dégagée, est maintenant gâchée par un grand bâtiment sur sa gauche.