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Nihongothèque « Jotei »

Un mois avant l’élection du gouverneur de Tôkyô, un livre a fait sensation dès sa parution. Intitulé Jotei – Koike Yuriko, avec une photo portrait de l’actuelle titulaire de la fonction sur la couverture, l’ouvrage dévoile la face cachée de ce personnage iconique incarnant le pouvoir féminin. Si je l’ai lu c’est que son auteur est reconnue comme une des plus importantes essayistes du pays. Jotei ne signifie pas “gouverneur” mais “impératrice” ; jo voulant dire “femme” et tei étant l’idéogramme qui se prononce aussi mikado, l’ancienne appellation de l’empereur au Japon. La version masculine de jotei est kôtei, comme “Kôtei Napoléon”. Pourtant, ce kô ne désigne pas un homme, mais un monarque grandiose presque divin. Pour ceux qui maîtrisent les caractères chinois, le mot kôtei dégage une aura, une brillance du pouvoir absolu. Quant à jotei, c’est d’abord la féminité qui s’exprime. Avant la lecture du livre, le titre m’a fait imaginer la biographie d’une dictatrice à l’instar de l’impératrice chinoise Cixi. Toutefois, à la lecture, l’image de jotei a cédé sa place à celle d’un escroc par excellence. De manière très maline et impressionnante et avec bien plus de force que des clichés postés sur Instagram avec une multitude de hashtags pour seul objectif d’augmenter le nombre de ses admirateurs, l’héroïne tokyoïte est, selon l’auteur du livre, à deux doigts de conquérir le sommet du pays, grâce à sa parfaite et astucieuse maîtrise des moyens de communication. Après la lecture, je ne pouvais que féliciter son ambition et son talent de manipulatrice, avant de me rappeler qu’elle est l’actuelle dirigeante de la mégalopole la plus peuplée du monde. Je ne suis toujours pas convaincue par le choix du terme jotei pour cet essai alors que son auteur pousse un cri d’alarme sur le phénomène nippon qui consiste à porter un jugement uniquement à partir d’une étiquette, sans s’intéresser au fond. Le livre influencera sans doute le résultat de l’élection pour laquelle Koike Yuriko partait gagnante comme sa consœur parisienne.

Koga Ritsuko