Okutama, une autre facette de Tôkyô

Les ponts suspendus font partie du décor. / Alissa Descotes-Toyosaki pour Zoom Japon


Situées à 15 minutes à pied sur la rive opposée, les sources thermales Moegi no yu sont accessibles par un pont suspendu à peine éclairé. Une petite promenade nocturne qui ne manque pas de piquant ! Surtout quand on sort du rotenburo, le bain en plein air, au milieu de la forêt, et qu’on retrouve au retour ses patates en robe de chambre toutes chaudes et un bon saké à température ambiante. Face à leur brasier, les campeurs font griller des steaks énormes ou des poissons fraîchement pêchés dans la rivière Tama. Dans l’obscurité, les feux de camp brillent d’une lueur chaude et rassurante tandis qu’un flot d’odeurs appétissantes monte vers la canopée. Le repas sur les braises se prolonge tard dans la soirée, dans une ambiance paisible. Malgré la proximité des tentes, on entend juste les flots impétueux de la rivière. Mais la forêt d’Okutama abrite d’autres créatures que des campeurs. Un bruissement à côté de notre tente nous fait découvrir avec stupeur une bête poilue au très gros ventre avec une tête rondelette et un air de raton laveur. Un tanuki ! Qui prend la fuite en emmenant dans sa gueule notre sac à provision. Nous poursuivons l’animal qui s’arrête finalement au bord de l’eau pour regarder son butin. Dans le clair de lune, nous commençons un étrange corps à corps pour récupérer le sac plastique, tirant chacun de notre côté. Brusquement je réalise que j’ai en face de moi un animal mythique de la forêt japonaise dont ma mère me contait les farces quand j’étais petite. Animal endémique, le tanuki ou chien viverrin est connu dans les légendes pour ses pouvoirs à se transformer en objet voire en humain! Facétieux mais aussi symbole de bonne fortune, son effigie orne la devanture des commerçants en exhibant des testicules énormes dont la peau souple servait jadis à affiner l’or. Une singularité anatomique qui a alimenté durablement le folklore japonais. Pourtant il est rare que le tanuki s’approche si près des hommes et nous sommes ravies de cette rencontre. “Tan Tan Tanuki no Kintama ha !” commence à chantonner à tue-tête Haruka au coin du feu, ce qui se traduit par “les bijoux de famille du tanuki se balancent alors qu’il n’y a pas de vent !” . Une comptine qui finit par faire revenir notre ami qui, après avoir dérobé deux brioches, revient fouiner sans vergogne dans le sac poubelle juste à côté de nous !
Au terme d’une nuit frisquette, nous nous réveillons aux cris des corbeaux qui eux aussi sont à la recherche de vivres. Le jour se lève frileux derrière les montagnes tandis que les campeurs se pressent autour du feu. Puis enfin, le soleil inonde notre plage, réchauffant d’un coup nos corps engourdis. On sent des odeurs de soupe miso, de café et d’omelettes. Une jeune femme passe à côté de nous et nous salue. Puis nous demande si nous avons croisé un tanuki la nuit dernière ! L’animal est rentré dans sa tente, mais dans le noir elle n’avait pas su l’identifier. Cette conversation anime gaiement notre petit-déjeuner. D’autres campeurs l’ont aussi vu chaparder du pain, mais le gérant, questionné sur le sujet, affirme n’avoir jamais entendu parler de tanuki sur son camping ! Nous quittons notre campement, très satisfaites de cette expérience, pour partir en promenade le long des chemins de randonnées qui font la réputation d’Okutama.
A partir du sanctuaire d’Okuhikawa, à quelques centaines de mètres du camping, nous empruntons un petit sentier le long de la vallée de Hikawa relié par un pont suspendu d’où l’on peut admirer la croisée des eaux de la rivière Tama et celles de Nippara. L’endroit est splendide, bordé de grande plage de galets où des gens déjeunent d’un bentô de spécialité locale comme la truite ou même la viande de cerf très prisée dans la région. Nous préférons aller manger un menu de nouilles soba avec d’excellentes fritures de crevettes tempura dans une petite cantine à proximité de la gare. Créé il y a deux générations par un ancien employé d’une compagnie de bus, le Hirakawa Service Station offre un cadre très rétro avec un vieux téléviseur, des dessins au crayon sur les murs et de grandes baies vitrées qui donnent sur la forêt. Rassasiées, nous sommes prêtes pour visiter le sanctuaire Atago. Accessible depuis le camping, le sanctuaire se mérite : situé au sommet d’un sentier de montagne bordé d’étranges sculptures de femmes nues en pierre, il faut arpenter un escalier géant de 181 marches qui coupe tout droit à travers une forêt de cèdres et d’azalées.