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Truc : Les recettes d’un bon coup de fouet

Comme la loche, l’anguille figurait au menu de ceux qui voulaient montrer leurs muscles. / DR

Pour éviter les pannes, les Japonais ont jeté leur dévolu sur certains aliments dont voici les propriétés cachées…

Les produits aphrodisiaques existent partout dans le monde. En japonais, l’expression “sei no tsuku” est traditionnellement utilisée pour qualifier la nourriture qui nous donne de l’énergie. Plus large qu’aphrodisiaque, “sei” signifie “esprit”. Des aliments qui vous procurent de la vitalité, en somme. Alors, que prenaient les Japonais pour “recouvrer leur esprit” ?

Les œufs
Considérés pendant longtemps comme une denrée précieuse ; on en offrait aux malades sous forme de coffret, et à Yoshiwara, le quartier des plaisirs, les vendeurs d’œufs à la coque y déambulaient en début de soirée. Les hommes aimaient les avaler avant de partir à la rencontre de leur beauté. Les Japonais appréciaient et apprécient toujours déguster l’œuf cru, ou le casser sur un bol de riz fumant. C’est un grand classique du petit-déjeuner, pour recharger le corps.

Taro, nattô
Les Japonais considéraient comme nourriture revigorante tout ce qui a une texture onctueuse, visqueuse, un peu collante. D’où le nattô (soja fermenté qui crée des fils entre les grains) ou l’igname que l’on râpe pour lui donner cette fameuse texture. Parfois on ajoute à ce velouté pâteux de taro des œufs crus. L’igname est aussi traditionnellement utilisée comme plante médicinale.

Anguille, loche
On admirait aussi bien leur capacité à vivre longtemps, même hors de l’eau, que la texture glissante de leur peau. Un goût puissant, et surtout pour l’anguille une chair bien grasse : ces deux créatures étaient également appréciées dans le quartier des plaisirs. La marmite de loche était le plat préféré des facteurs ou des porteurs de palanquin, pour qui la force physique était indispensable.

Gokun
La consommation de légumes de la famille de la ciboule, qui dégagent une très forte odeur, a toujours été interdite au sein des temples. On les appelait gokun (cinq plantes qui sentent fort). Ces légumes différents selon les écoles et les époques : ail, poireau, oignon, oignon d’échalote, ciboulette… quel que soit le temple, l’ail a toujours été interdit dans la cuisine des moines, puisque considéré comme hautement aphrodisiaque. Ceux qui en avaient consommé n’étaient pas autorisés à franchir le seuil des temples zen.

Légumes-racines
A l’instar de la carotte ou du gobô (une sorte de salsifis) les légumes racines étaient considérés comme porteurs d’énergie. Le kinpira, un sauté pimenté de gobô et carottes en bâtons (voir Zoom Japon n°30, mai 2013) tire son nom d’un homme connu pour sa force hors du commun.

On retrouve également d’autres ingrédients, plus rares : le saké dans lequel ont macéré des serpents, le suppon (trionyx de Chine) que l’on déguste dans un plat de marmite, ou la viande de gibier, comme le sanglier, étaient réputés pour “réveiller” l’énergie. Les images que ces animaux évoquent sont assez claires. Malgré son apparence peu ragoûtante, le suppon, par exemple, était consommé même à l’époque Jômon. La légende racontait que lorsqu’il vous mordait une fois, il ne vous lâchait plus jamais, même en entendant le grondement du tonnerre.

Avez-vous trouvé votre bonheur ? Au moins, lors de votre prochain voyage au Japon, tant attendu, vous saurez composer le menu qui vous “boostera”.

Sekiguchi Ryôko