De Kurosawa à Mizoguchi en passant par Ozu, les grands noms du cinéma japonais ont réussi à conquérir les spectateurs français. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon Les succès cinématographiques nippons se multiplient dans l’Hexagone. Illustration d’une relation particulière. Le moment est arrivé comme un coup de tonnerre. En septembre 1951, le film Rashômon de Kurosawa Akira (voir Zoom Japon n°4, octobre 2010) a remporté le Lion d’or à la Mostra de Venise, et soudain, le cinéma japonais s’est retrouvé sous les feux de la rampe. Jusqu’à cette date, l’industrie cinématographique japonaise était prolifique, mais largement tournée vers le marché intérieur, produisant des centaines de films par an pour le public national. Rashômon a marqué le début d’un nouveau chapitre. Le public occidental, stupéfait par la narration elliptique du film et ses décors forestiers exotiques, découvrit un cinéma à la fois totalement étranger et étonnamment moderne. A partir de ce moment, les films japonais allèrent non seulement voyager, mais aussi profondément influencer la façon dont le monde percevait le cinéma. Aujourd’hui, les récents succès au box-office américain de Godzilla Minus One (2023) et Le Garçon et le Héron (Kimi-tachi wa dô ikiru ka, 2023), tous deux récompensés aux Oscars, témoignent de l’intérêt international continu pour les films japonais. Selon l’Association des producteurs de films japonais, le marché étranger pour ces œuvres – à travers les droits de distribution et de projection – n’a cessé de se développer depuis 2013. Si la croissance a ralenti en 2021 en raison de la crise de la Covid-19, l’année dernière a connu une augmentation de 13 %, portant les exportations à environ 480 millions de dollars, soit près de sept fois les 65 millions de dollars enregistrés huit ans plus tôt. Cette dynamique est en grande partie due aux films d’animation, dont la distribution à l’étranger continue de prospérer. “L’industrie cinématographique japonaise a eu du mal à atteindre son objectif national de 200 millions de spectateurs par an”, rappelle Tomiyama Shôgo, président de l’Institut japonais de l’image animée. Ce plafonnement au niveau national a renforcé l’urgence de conquérir un public international, une évolution qui, selon lui, ne fera que s’accentuer dans les années à venir. La France, dont les cinéphiles ont accueilli avec enthousiasme les auteurs japonais, est l’un des partenaires étrangers les plus importants du Japon. Si Kurosawa a ouvert la porte, Kawakita Kashiko s’est assurée qu’elle reste ouverte. Souvent qualifiée d’“ambassadrice du cinéma japonais”, elle a passé des décennies à promouvoir sans relâche les films japonais à l’étranger. En 1963, elle a organisé une rétrospective étonnante à la Cinémathèque française, projetant 131 films – une avalanche de drames de samouraïs, de mélodrames et d’expériences avant-gardistes qui a submergé le public parisien. Soudain, Ozu (voir Zoom Japon n°31, juin 2013), Mizoguchi et Naruse ont été cités dans le même souffle que Renoir, Fellini et Bergman. Dans les années 1990, une nouvelle vague a propulsé le cinéma japonais à l’étranger : l’animation. La France est devenue l’un des marchés internationaux les plus importants pour les films d’animation. En coulisses, les institutions ont contribué à faciliter les choses. L’Agence japonaise pour les affaires culturelles et la Fondation du Japon ont investi dans le sous-titrage, la promotion des festivals de cinéma et les vitrines internationales. Les rapports soulignent que les marchés étrangers ne sont pas seulement des compléments sympathiques, mais qu’ils constituent une bouée de sauvetage secondaire vitale pour une industrie dont le box-office national peut être capricieux. La France, quant à elle, a offert un terrain fertile. Avec son réseau de cinémas d’art et d’essai et un Etat qui subventionne la culture cinématographique comme s’il s’agissait de pain et de vin, le Japon a trouvé un partenaire naturel. Dans les années 2000, des distributeurs français comme Art House ont fait des films japonais un élément incontournable de leur catalogue, misant sur les œuvres de Kawase Naomi, Kurosawa Kiyoshi (voir Zoom Japon n°11, juin 2011) et d’autres auteurs. Cannes est bien sûr devenu une scène récurrente pour les premières japonaises,...