
Pierre Cardin (à gauche) avec Michel Motro (à droite) inaugure la première édition du festival en 2006. / Festival Kinotayo Lancé en 2006, ce rendez-vous annuel du cinéma japonais en France a largement fait ses preuves. On en compte, selon le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), plus de 1000 en France. Les festivals de cinéma ne manquent pas dans l’Hexagone. En dehors de celui de Cannes qui se positionne comme une instance de création ou de consécration, la grande majorité de ces manifestations à la gloire du 7e Art se concentrent soit sur un genre à l’instar du Festival international du film fantastique de Gérardmer, dans les Vosges, soit sur la production issue d’un pays ou d’un continent. Dans ce domaine, on peut citer le Festival du cinéma américain de Deauville créé en 1975 dont la 51e édition s’est déroulée du 5 au 14 septembre ou encore le Festival Biarritz Amérique latine, fondé quatre ans plus tard, qui reste la référence pour les amateurs de films latino-américains. Si les productions nippones ont trouvé leur place à Cannes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, notamment après le Lion d’or obtenu par Rashômon (1950) de Kurosawa Akira (voir Zoom Japon n°4, octobre 2010) à la Mostra de Venise en 1951, il faudra attendre le début des années 1990 pour qu’elles bénéficient d’un festival, digne de ce nom, leur étant entièrement consacré. Près de 30 ans après un hommage à la Cinémathèque japonaise rendu par la Cinémathèque française alors dirigée par son fondateur Henri Langlois sous le titre “Chefs-d’œuvre et panorama du cinéma japonais 1898-1961” et moins de 10 ans après l’incroyable rétrospective de près de 500 films toujours organisée par la Cinémathèque française, la ville d’Orléans accueillait la première Biennale du cinéma japonais du 3 au 11 novembre 1992. à l’époque, Inoue Takakuni, représentant en France de la Fondation du Japon, se félicitait de voir s’ouvrir “un nouveau chapitre à cette histoire déjà longue des échanges cinématographiques entre nos deux pays. Et il ne s’agit pas du moindre : c’est en effet la première fois que s’ouvre à l’étranger une biennale exclusivement consacrée aux cinéastes japonais. J’aime à songer que cette innovation est le fruit d’une volonté française”. Kurosawa Kiyoshi, président de la première édition, lors du tour de France entrepris à l’issue du festival. / Festival Kinotayo Comme en 1984 et 1985 à la Cinémathèque, c’est Hiroko Govaers, l’une des pionnières dans la diffusion du cinéma japonais en France, qui en assure la programmation dont la qualité permet de penser que ce nouveau rendez-vous s’inscrira dans la durée. C’est alors d’autant plus important que l’image du Japon n’était pas à l’époque aussi bonne qu’aujourd’hui. Perçue comme une menace, la puissance économique japonaise favorisait un rejet dans la société française et il était donc essentiel de pouvoir en montrer la diversité à travers le cinéma. Las, la Biennale du cinéma japonais à Orléans ne connaîtra que quatre éditions. Alors que le Japon est l’un des plus grands pays producteurs de cinéma, il n’est pas concevable qu’il ne puisse pas bénéficier d’un festival à sa gloire en France où justement le public commence à s’y intéresser davantage. L’avènement de nouveaux cinéastes comme Kitano Takeshi, dont Hanabi est récompensé en 1997 par le Lion d’or à la Mostra de Venise, suscite un regain d’intérêt au même titre que l’animation signée Miyazaki Hayao. Porco Rosso (1992) est son premier film à sortir en France en 1995 avant Mon Voisin Totoro (Tonari no Totoro, 1988) qui sera projeté dans les salles françaises en 1999. Il apparaît indispensable de créer un nouveau rendez-vous susceptible de mettre en évidence l’incroyable variété de la production cinématographique nippone. La famille Kawakita (voir pp. 4-5) qui a joué un grand rôle dans la création de la Biennale y était très favorable. Nous sommes en 2004. Après avoir sollicité plusieurs lieux en France dont le Val d’Oise, Michel Motro, un spécialiste du numérique et ancien conseiller du président du Festival de Cannes, se voit confier l’expertise du dossier. “Après avoir lu le document, M. Kawakita m’a demandé d’en être le président. Mais il est tombé malade et après son hospitalisation, je me suis retrouvé seul pour créer ce nouveau festival. À part l’idée, il n’y avait rien”, confie-t-il. Puisque le Val d’Oise s’engageait à subventionner l’opération à hauteur de 10 %, “j’ai cherché un lien entre le département et le cinéma japonais. Outre le fait que s’y concentraient le plus grand nombre d’entreprises japonaises implantées en France, le Val d’Oise était connu au Japon pour Auvers-sur-Oise, lieu de résidence de Van Gogh, célèbre pour avoir peint une trilogie de tableaux baptisée les soleils d’or. Le symbole du festival était donc tout trouvé. En japonais, “soleil d’or” se traduit par “Kin no taiyô”, je l’ai contracté en “Kinotayo”, les deux premières syllabes “kino” rappelant le terme allemand pour cinéma”, ajoute-t-il. Conseillé au niveau artistique par l’acteur Oida Yoshi, Michel Motro s’appuie également sur un vaste réseau de relations au Japon pour lancer la première édition du Festival Kinotayo en 2006. Désireux d’ancrer le nouveau rendez-vous dans la modernité, alors que le monde du cinéma a basculé dans le numérique, Michel Motro le nomme “Festival du film japonais contemporain à l’ère numérique”. Il souhaite également que les films présentés à cette occasion puissent être projetés partout en France, que le comité de sélection ne soit pas composé uniquement de “spécialistes”, qu’il y ait la parité entre les hommes et les femmes, et entre les Français et les Japonais. “Au total, il y avait vingt personnes”, raconte-t-il. Sur le papier, tout semble coller. Mais, comme souvent, les choses ne se déroulent pas toujours comme on le souhaiterait. Michel Motro en sait quelque chose comme en témoignent les nombreuses anecdotes. Entre un énorme embouteillage qui empêche les invités d’arriver à l’heure pour le dîner de gala et les récompenses, obligeant à changer l’ordre de la présentation ou la panne du projecteur 35 mm destiné à la présentation du seul classique de l’édition qui se traduisit par une séance DVD sans oublier le symposium sur le cinéma numérique à l’Elysée Biarritz qui fut privé de public en raison du bouclage du quartier lié à la présence d’un homme d’État en visite officielle à Paris. Michel Motro s’est rendu à Tôkyô pour rendre hommage à Imamura Shôhei, premier “Soleil d’or”. / Festival Kinotayo Pour marquer le lancement de la première édition, le jury décide, en janvier 2006, de décerner le premier “Soleil d’or” ...
