
Kishimoto Yoshihisa, pionnier du jeu vidéo d’action. (📸 Florent Gorges)
Le légendaire game designer Kishimoto Yoshihisa s’est éteint le 2 avril dernier à l’âge de 64 ans. Il laisse un immense héritage ludique.
Kishimoto Yoshihisa s’est fait connaître du grand public relativement tard, à la suite de la publication de sa biographie en 2012. Jusqu’alors, il avait toujours œuvré dans l’ombre. Pourtant, ce Tokyoïte né en 1961 a profondément marqué l’histoire du jeu vidéo dès les années 1980.
Adolescent turbulent, habitué des bagarres entre lycées rivaux, Kishimoto passe davantage de temps dans les salles d’arcade que sur les bancs de l’école. Il rêve alors de cinéma, nourrissant l’ambition de réaliser des films inspirés de Bruce Lee, son idole. C’est finalement dans l’industrie vidéoludique qu’il fait ses débuts, intégrant une société où il apprend les bases d’un métier encore émergent.
En 1985, puisant dans ses propres souvenirs, il conçoit Nekketsu Kōha Kunio-kun, un titre aussi controversé qu’innovant. Considéré comme le premier jeu autobiographique de l’histoire du jeu vidéo, il pose surtout les fondations d’un genre inédit : le beat ’em up, ces jeux de combat urbain où le joueur affronte des vagues d’ennemis à coups de pieds et de poings. Le succès est immédiat dans les game centers, puis sur consoles, où la série Kunio-kun devient l’une des franchises les plus prolifiques de l’ère Famicom au Japon (Nintendo NES en France).
Deux ans plus tard, en 1987, Kishimoto affine sa formule avec Double Dragon, pensé pour séduire un public international. Le jeu introduit notamment un mode coopératif à deux joueurs et la possibilité d’utiliser les armes des adversaires — des innovations majeures pour l’époque. Ces avancées, aujourd’hui banales, constituaient alors de véritables prouesses techniques.
Le succès de Double Dragon est mondial et ouvre la voie à de nombreuses adaptations, dont l’une des premières transpositions d’un jeu vidéo au cinéma. Au fil de sa carrière, Kishimoto participe au développement de dizaines de titres devenus des classiques.
À l’annonce de sa disparition, des suites de problèmes cardiaques, c’est toute l’industrie mondiale du jeu vidéo qui lui a rendu hommage, saluant l’héritage d’un pionnier longtemps resté discret. ●

