
Certains étrangers installés depuis longtemps dans l’Archipel ont choisi d’opter pour la nationalité japonaise.
Dans les articles précédents, nous avons vu ce que veut dire être Japonais du point de vue social et culturel. Mais comment cela se passe-t-il si l’on veut être naturalisé ? Est-ce difficile ? Est-ce même possible ? Qui peut acquérir la nationalité japonaise ?
Entre 1868 et 2015, 581 000 personnes sont légalement devenues des Japonais. Et, aujourd’hui encore, des milliers de personnes sont naturalisées chaque année.
La meilleure source d’information sur ce sujet est Becoming Legally Japanese (www.turning-japanese.info) un site Internet en anglais plein de formulaires et de documents, d’instructions précises, de données statistiques et d’histoires sur des personnes ayant acquis la nationalité japonaise. Il est géré par Inoue Eido, un ancien citoyen américain qui s’appelait Adrian David Havel jusqu’à ce qu’il devienne Japonais en 2010. Originaire de Washington D.C., il est arrivé au Japon en 1992.
“Les gens me demandent souvent pourquoi je suis devenu japonais. Je suis venu au Japon juste après mes études. Vingt ans plus tard, j’y étais toujours et j’y avais tellement investi sur les plans émotionnel, financier et professionnel que je savais qu’il serait difficile de déménager dans un autre pays. En d’autres termes, j’ai réalisé que j’étais devenu un condamné à perpétuité et que les chances de changer de cap étaient minimes. Je suis donc parvenu à la conclusion qu’il était logique de m’investir pleinement dans ce pays et de bénéficier de tous les droits des autres ressortissants. Vous pouvez dire que cela relevait de la logique”, explique-t-il.
Selon lui, changer de nationalité revient un peu à se marier. “Ce n’est pas quelque chose que vous devez prendre à la légère. C’est un engagement de toute une vie. Ceci dit, vous pouvez abandonner votre nationalité japonaise et en adopter une nouvelle si les choses ne tournent pas rond au Japon et pour quelque raison que ce soit, vous ne voulez plus être Japonais. Je pourrais même redevenir Américain, mais je devrais me mettre au rang de tous les autres étrangers et faire comme eux”, raconte Inoue Eido.
Sur le plan technique, les exigences japonaises en matière de changement de nationalité sont très similaires à celles de nombreux pays européens. “En gros, vous n’êtes pas obligé d’être riche, mais vous devez disposer d’une source de revenus stable”, précise-t-il. “Il n’est pas nécessaire d’être assimilé au niveau culturel, mais il est plutôt indiqué de connaître la langue”.
Les principales conditions à remplir pour pouvoir prétendre à la citoyenneté japonaise sont les suivantes :
1. Avoir vécu cinq années consécutives physiquement et légalement dans le pays. L’aspect légal est très important pour éviter que les gens utilisent la naturalisation comme une échappatoire pour éviter d’être expulsé.
2. Vous devez être financièrement indépendant. En d’autres termes, les Japonais ne veulent pas que vous deveniez bénéficiaire de l’aide sociale. En corollaire, vous devez maîtriser suffisamment le japonais pour avoir un travail.
3. Vous ne devez pas avoir de casier judiciaire ni au Japon ni à l’étranger, ni aucun lien avec le crime organisé.
4. Vous ne pouvez pas être membre d’une organisation qui prône la destruction violente ou illégale du Japon.
5. Vous devez être prêt à renoncer à toutes vos autres nationalités.
Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l’obtention d’un visa de résidence permanente n’est en réalité pas une condition préalable pour devenir citoyen japonais.
“La dernière exigence, le point 5, est ce qui empêche la plupart des gens de devenir Japonais”, note Inoue Eido. “Dans mon cas, je ne peux plus voter aux États-Unis et y rester longtemps sans visa.” En ce qui concerne le point 2, il affirme que tout salaire mensuel supérieur à 250 000 yens [2 030 euros] est acceptable, même s’il est difficile de vivre avec cet argent dans une grande ville. “Plus que le montant de l’argent gagné, les autorités sont préoccupées par la stabilité de vos ressources”, ajoute-t-il. “Par exemple, si vos revenus proviennent d’un ensemble de contrats d’un an, renouvelés à chaque fois, ce n’est pas bien vu. Si, par contre, vous êtes un employé à temps plein, vous avez toutes vos chances.” Les candidats à la naturalisation sont tenus de travailler avec un fonctionnaire du ministère de la Justice avant de pouvoir faire une demande officielle. “Vous passez par une série d’entretiens avec une personne chargée de préparer le dossier que vous allez soumettre. Vous devez ainsi montrer tous vos relevés bancaires, vos feuilles d’imposition et vos registres fiscaux. Si le fonctionnaire soumet le dossier, vos chances d’approbation dépassent 95 %, et ces dernières années, elles sont en réalité plus proches de 99 %. Le taux d’abandon (les personnes qui abandonnent avant de soumettre tous les documents) semble se situer entre 25 % et 33 %.”
