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50 façons de lire le Japon

Tokyo, February 12 2014 - At Tsutaya Daikanayama bookshop, one can read books while drinking a coffee.
Chez le libraire Tsutaya à Daikanyama, à Tôkyô, on a créé un environnement propice à la lecture. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

11. Quatre femmes travaillant de nuit dans une usine confectionnant des bentô se retrouvent entraînées dans une affaire de meurtre lorsque l’une d’entre elles tue son mari violent. Bien qu’elles aient des caractères différents, elles partagent la même frustration à l’égard de leur vie en raison des problèmes d’argent ou de l’éloignement familial. Kirino nous présente une image nettement moins attirante de ce Japon où les femmes de la classe moyenne luttent contre l’injustice sociale.
Kirino Natsuo, Out, Trad. R. Nakamura & R. de Ceccatty, Points, 2007

12. Le plus surprenant dans cette collection de zuihistu (genre littéraire qui  permet à l’auteur d’exprimer, au gré de son humeur, sa subjectivité), c’est leur fraîcheur et leur modernité alors même que l’auteur relate un monde éloigné dans le temps et de son caractère. Même si Sei Shônagon a composé ce texte à l’ère Heian (795-1185) , ce qu’elle relate et surtout la manière dont elle le fait montre que la nature hu-maine n’a finalement pas tellement changé.
Sei Shônagon, Notes de chevet, Trad. André Beaujard, Gallimard, 1985

13. Hanawa Kazuichi est sans doute l’un des meilleurs mangaka. Il est aussi célèbre pour être un passionné d’armes à feu, ce qui lui a valu d’être arrêté pour avoir transformé une pièce de collection en une véritable arme prête à l’emploi. Ce récit autobiographique relate les deux années passées en prison entre 1995 et 1997. Au-delà de son expérience personnelle, ce qui est fascinant dans ce manga, c’est la description minutieuse de la vie dans les prisons nippones. L’auteur s’attache à rapporter les plus petits détails, ce qui permet de comprendre à quel point il s’agit d’un univers totalement à part. Parallèlement à cela, on constate que la prison dans ce pays est aussi un miroir de la société japonaise et qu’elle n’a vraiment rien à voir avec le monde carcéral en Occident. Par ailleurs, l’intérêt de ce livre est de faire comprendre aux lecteurs – en particulier ceux qui n’ont rien de commun avec la culture locale – que la prison au Japon est un endroit qu’il faut absolument éviter. Hanawa Kazuichi rapporte cette expérience avec le talent qu’on lui connaît. Un ouvrage qui est bien plus qu’un simple divertissement.
Hanawa Kazuichi, Dans la prison, Trad. Thibaud Desbief, Ego comme X, 2005

14. La discrimination se retrouve partout dans le monde et vise des personnes étrangères. Au Japon, elle est unique en ce sens que les victimes appartiennent à la même race que les auteurs. Les Burakumin sont une caste dont les ancêtres accomplissaient, selon le bouddhisme, des “métiers sales” (bouchers, tanneurs, fossoyeurs, etc.). Ces derniers n’avaient pas de voix littéraire jusqu’à ce que Nakagawa Kenji apparaisse. Ses histoires montrent comment le poids de l’inégalité sociale finit par empoisonner la vie des gens.
Nakagami Kenji, Le Cap, Trad. Jacques Lévy, Picquier, 1996

15. Ancien délinquant juvénile, Nosaka Akiyuki savait une chose ou deux sur la guerre pour avoir grandi sous les bombes. Le protagoniste de ce roman, qui aspire à soulager les gens de leur douleur, espère faire un peu d’argent. Et quelle meilleure façon d’y parvenir que la pornographie ! Les aventures de cette bande de pornographes offrent un regard privilégié sur ce passé osé tout en dépeignant la sexualité masculine japonaise.
Nosaka Akiyuki, Les Pornographes, Trad. Jacques Lalloz, Picquier, 1996

16. L’improbable auteure de ce premier roman de l’histoire mondiale était une dame d’honneur à la cour impériale qui, étant une femme, n’aurait jamais dû être aussi érudite et talentueuse au niveau de l’écriture. Quoi qu’il en soit, Murasaki Shikibu raconte magistralement l’histoire du prince Genji et ses exploits amoureux. L’auteure nous offre un portrait poétique et psychologique de la vie de courtisan à l’ère Heian (794-1185). On y découvre tous les us et coutumes ainsi que les intrigues imaginées par les aristocrates.
Murasaki Shikibu, Le Dit du Genji, Trad. René Sieffert, POF, 1988

17. Durant toute sa vie courte et tourmentée, cet écrivain influencé par le marxisme a toujours vécu avec un sentiment de culpabilité d’être né dans une bonne famille. Ce roman, en particulier, décrit le déclin de l’aristocratie japonaise au lendemain de la guerre à travers l’histoire de Kazuko et de sa famille qui fut jadis fort riche. Elle tente de trouver l’apaisement et la sérénité au milieu du chaos de l’après-guerre. Le succès du livre est à l’origine de l’expression “peuple du soleil couchant”, faisant référence au pays du Soleil-levant qui a perdu sa richesse spirituelle et matérielle à la guerre.
Dazai Osamu, Soleil couchant, Trad. G. Renondeau & H. de Sarbois, Gallimard, 1986

18. Dans les années 1990, sont apparues les gyaru reconnaissables à leur attitude impertinente, leurs vêtements voyants et leur maquillage. En 2003, Kanehara a choisi l’une de ces adolescentes comme héroïne de son premier roman. Mais le monde qu’elle décrit est beaucoup plus sombre. Son personnage se perce la langue et se tatoue avant de plonger dans l’angoisse post-bulle.
Kanehara Hitomi, Serpents et piercings, Trad. Brice Matthieussent 10/18, 2006

19. Un an après la  fin de la Seconde Guerre mondiale, la police est sur les traces d’un tueur en série. Cette histoire policière n’est en fait qu’un prétexte pour montrer la ville de Tôkyô réduite à un tas de gravats où les survivants, comme dans Allemagne année zéro de Rossellini errent en quête de sens dans le chaos et la destruction. Dans ce premier opus d’une trilogie consacrée au Japon d’après-guerre, David Peace marie forme et contenu en adoptant un langage répétitif pour créer une histoire lyrique et envoûtante aussi proche de la poésie que d’un roman classique.
David Peace, Tokyo, ville occupée, Trad. Jean-Paul Gratias, Rivages noir, 2012

20. Une des histoires les plus étonnantes et émouvantes sur la guerre et un chef-d’œuvre de la bande dessinée. Les mémoires de Nakazawa Keiji commencent dans les jours qui ont précédé le bombardement atomique de Hiroshima et se poursuivent après la guerre. L’histoire pacifiste de Nakazawa va au-delà du message anti-guerre habituel pour s’attaquer à des thèmes tels que la discrimination contre les Coréens et les survivants de l’atomisation, la responsabilité de l’empereur, le rapport entre histoire et mémoire et la bataille entre le bien et le mal.
Nakazawa Keiji, Gen d’Hiroshima, Trad. V. Zouzoulkovski, Vertige Graphic, 2005