Le Japon de Muriel Jolivet 3/4

Publié en 2019, Chroniques d’un Japon ordinaire est le dernier ouvrage de la sociologue française.

Les entreprises qui assuraient l’essentiel du filet de sécurité ne remplissent plus ce rôle et l’Etat semble à la traîne dans ce domaine. Cela a favorisé une peur d’un déclassement social parmi les Japonais alors que, pendant longtemps, ceux-ci plébiscitaient leur homogénéité sociale.
M. J. : Attention, l’essayiste néerlandais Karel van Wolferen, auteur de L’Enigme de la puissance japonaise (éd. Robert Laffont) a eu raison de rappeler que ce sentiment d’homogénéité reposait sur une évaluation subjective liée à un ressenti personnel plus qu’à la réalité de la situation en matière de revenus. Si à la fin des années 1970, 90 % des Japonais se situaient dans la classe dite moyenne, il y avait malgré tout une subdivision entre “moyenne supérieure” (chû no ue), “moyenne moyenne” (chû no chû) et “moyenne inférieure” (chû no shita)… Depuis vingt ans que les salaires n’ont pas augmenté ou ont même légèrement baissé, le schéma de deux salaires par famille s’est lentement imposé. Le traditionnel breadwinner, c’est-à-dire le père de famille responsable du soutien financier, a désormais besoin que sa femme le seconde pour payer les traites et l’éducation des enfants…
Une enquête gouvernementale, qui demande régulièrement d’évaluer la proposition “l’homme se doit de travailler à l’extérieur, tandis que la femme doit se consacrer à son foyer”, obtenait 72,6 % de réponses favorables en 1979, contre 20,4 % de réponses défavorables. Trente-cinq ans plus tard, près de 50 % s’opposent à cette idée, tandis que 44,6 % l’approuvent. Les hommes restent plus partagés avec autant de réponses favorables que défavorables (46,5 %).