Au temps du coronavirus

Le célèbre Tôdai-ji, à Nara, totalement déserté par les touristes qui, d’habitude à cette époque de l’année, sont particulièrement nombreux. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon

Devenu une des destinations touristiques les plus prisées, le Japon a subi de plein fouet la pandémie. Reportage.

En mars dernier, le nombre de visiteurs étrangers au Japon a atteint son plus bas niveau depuis 1989 avec une chute de 93 % du nombre de visiteurs par rapport à l’année précédente. Alors qu’à cette époque, le pays avait la réputation d’être cher et peu accessible aux voyageurs étrangers, il est devenu après quelques années d’efforts, une destination prisée pour les touristes du monde entier. Leur nombre a été multiplié par presque quatre depuis 2012.
Le gouvernement du Premier ministre Abe Shinzô avait pour ambition d’atteindre le record de 40 millions de visiteurs en cette année olympique (voir Zoom Japon n°33, septembre 2013), puis 60 millions en 2030, pariant sur le tourisme comme moteur essentiel de la croissance économique. La Covid-19 aura eu raison des Jeux et de ces prévisions optimistes.
La Golden Week, série de jours fériés et de ponts fin avril-début mai, et seule véritable période de vacances pour les Japonais, est en temps normal une des saisons les plus fastes pour l’industrie du tourisme, car aux visiteurs étrangers se joignent des millions de vacanciers nippons. Mais cette année, en l’absence quasi totale d’étrangers et alors qu’il était demandé aux Japonais de faire preuve de civisme et d’éviter les déplacements non essentiels jusqu’à la fin de l’état d’urgence, cette période, dans deux des villes qui dépendent le plus du tourisme, Kyôto et Nara, a été particulièrement tranquille. Début mai à Nara, sur la place de la gare déserte et ensoleillée, le petit haut-parleur d’un magasin de souvenirs en mal de clients diffuse en boucle des annonces en chinois et en anglais : “Soyez les bienvenus !” Plus loin, un restaurant-bar de style occidental, qui dépend lui aussi entièrement de la manne touristique étrangère, s’est reconverti, de grands signes sur sa vitrine affichent : “Nous avons des masques !” La ville, dont les grandes arcades commerçantes en temps ordinaire débordent de monde, affiche un calme provincial.
Environ 1 200 cervidés, considérés comme les messagers des dieux, vivent dans le parc de Nara et sont nourris par les centaines de milliers de touristes qui visitent la ville chaque année. Aux abords de la majestueuse Nandaimon, la porte sud du temple Tôdai, les biches et les cerfs sont bien là à attendre les touristes. Ils sont rassemblés devant la seule boutique de souvenirs encore ouverte, car elle vend aussi des shika senbei, ces biscuits pour les cerfs auxquels ils ont pris goût. Mais les passants se font rares. A quelques encablures, perché à flanc de colline, le Nigatsudô, l’un des célèbres temples appartenant au complexe du Tôdai-ji et étape obligée pour tout visiteur de Nara, est devenu un refuge pour les jeunes couples en quête de tranquillité et de vue imprenable sur la ville.