
Alors que 2025 a marqué le 80e anniversaire de son atomisation, la cité poursuit son engagement pacifique.
C’est lorsque nous oublierons Hiroshima que cela se reproduira.” C’est une phrase que l’on entend souvent dans cette ville martyre. Ainsi, compte tenu de la fragilité actuelle de la paix dans le monde, il est essentiel que le souvenir du bombardement atomique de Hiroshima, le 6 août 1945, continue d’être entretenu et célébré.
La paix est un espoir omniprésent à Hiroshima. Le terme lui-même est partout. Il y a le Boulevard de la paix, une avenue de 4 kilomètres de long, bordée d’arbres et de lanternes en pierre, qui traverse le centre-ville. Sur cette même avenue se dressent les Portes de la paix, une série d’arches en verre de neuf mètres de haut sur lesquelles est inscrit le mot “paix” en 49 langues. Les vélos motorisés en location que l’on voit dans la ville sont appelés “peacecle”, jeu de sonorité avec le mot anglais “bicycle”. Et, depuis de nombreux endroits de la ville, on peut voir la Pagode de la Paix scintiller au sommet du mont Futaba, un stupa argenté contenant les cendres du Bouddha, offert par les bouddhistes mongols.
Au cœur de toutes ces expressions de paix se trouve le Parc du mémorial de la paix, sur les rives de la rivière Motoyasu, dans le centre-ville. Cette zone de plus de 120 000 mètres carrés était auparavant le centre commercial et résidentiel de la ville. Sur la rive opposée, les ruines en forme de dôme du Palais des expositions industrielles ont été préservées en guise de prière pour la paix. La bombe a explosé à 600 mètres au-dessus du centre-ville, directement au-dessus de ce bâtiment. Incroyablement, cet édifice emblématique en forme de dôme est resté debout après l’explosion, alors que tout le reste a été instantanément détruit. Officiellement baptisé Mémorial de la paix de Hiroshima, ce bâtiment est aujourd’hui le cœur spirituel de la ville. La plupart des habitants l’appellent simplement “genbaku dômu”, ou Dôme de la bombe atomique. “C’est un symbole de l’importance d’une paix éternelle”, explique Ogami Ayaka, étudiante en journalisme. “Il n’existe rien de comparable dans le monde.” Il est également inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et accueille 1,5 million de touristes par an.
Le Parc de la paix abrite également le musée du Mémorial de la Paix et plusieurs autres monuments dédiés à la paix, ainsi que la Cloche de la paix, que les visiteurs sont invités à faire sonner. Son timbre plein d’espoir résonne régulièrement dans tout le parc. Des fleurs de lotus s’épanouissent dans l’étang qui entoure la Cloche de la paix, et des libellules bleu ciel virevoltent parmi les fleurs. Les berges de la rivière sont bordées de cerisiers, faisant du Parc de la paix l’un des sites les plus populaires pour les fêtes de hanami (cerisiers en fleurs) au printemps (voir Zoom Japon n° 79, avril 2018), transformant ainsi une scène de tragédie en une célébration collective. Et c’est ici, dans le Parc de la paix, que les manifestants se rassemblent chaque fois qu’un pays procède à un essai nucléaire. Pas besoin de SMS ou d’appels téléphoniques pour coordonner l’événement. Cela se fait automatiquement, instinctivement.
Les arbres et les fleurs ont une grande importance à Hiroshima. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville était un champ de ruines calciné. Les gens disaient que rien ne pousserait dans la ville pendant soixante-quinze ans (c’est-à-dire jusqu’en 2020). Mais une série d’événements remarquables a fait en sorte que Hiroshima entre dans l’histoire pour des raisons bien plus inspirantes. Tout d’abord, à l’automne 1945, des mauvaises herbes ont commencé à pousser sur la terre brûlée, contredisant les prédictions des experts. Au printemps suivant, des lauriers roses ont fleuri. Des camphriers, dont beaucoup étaient centenaires, ont poussé de nouvelles branches. Leur rétablissement a tellement réjoui le cœur des habitants que le laurier rose et le camphrier ont ensuite été proclamés fleur et arbre officiels de Hiroshima, chers symboles de la résilience de la ville.
Parallèlement, l’aide afflua de tout le pays et de l’étranger, comme un élan collectif de solidarité. Afin de remettre en état le réseau de transport de la ville, une priorité majeure dans le processus de reconstruction, des tramways furent donnés par différentes régions du Japon, et même par Hanovre et Dortmund en Allemagne. Grâce à ces dons, le réseau de transport de Hiroshima, dans lequel les tramways jouent toujours un rôle central, est souvent qualifié de musée mobile.
Des arbres, destinés à restaurer la verdure disparue de la cité, ont également été envoyés de loin, notamment un châtaignier en fleurs, offert par Claude, le fils de Pablo Picasso. Aujourd’hui, il se dresse toujours devant le musée d’art de Hiroshima, construit en 1978 comme un lieu de prière pour la paix.
Un temple de la préfecture de Wakayama a même fait don d’une pagode complète du XVIe siècle, en signe de solidarité spirituelle. Aujourd’hui, on peut voir cette pagode orange s’élever au-dessus des érables du temple Mitaki, l’un des endroits les plus sereins de la ville.
Hiroshima est considérée comme la capitale de la paix. Il ne s’agit pas seulement d’un slogan accrocheur ou d’un argument marketing touristique. Ce titre a en fait été inscrit dans la loi sur la construction de la ville commémorative de la paix de Hiroshima le 6 août 1949. Ce fut la première étape importante dans la renaissance de la ville. La promulgation de cette loi fut le fruit des efforts persistants des citoyens locaux et, en particulier, du maire de l’époque, Hamai Shinzô. Lors du premier Festival de la paix de Hiroshima en 1947, il avait donné l’exemple à tous les futurs maires de Hiroshima en proclamant : “Unissons-nous et construisons l’idéal de paix sur cette terre.” À ce jour, tous les maires de la ville se consacrent à la poursuite du rêve d’un monde sans armes nucléaires. En conséquence, la loi de 1949 ne prévoyait pas simplement sa reconstruction. L’objectif était plutôt de réinventer complètement Hiroshima en tant que ville mémorial de la paix, “afin de symboliser la recherche sincère d’une paix authentique et durable”. Pour la première fois dans l’histoire mondiale, une ville entière s’est engagée en faveur de la promotion de la paix. C’est un idéal auquel ses citoyens aspirent toujours. Le Parc mémorial de la paix a été créé comme symbole de ce souhait.
C’est aussi pourquoi, outre les nombreux monuments dédiés à la paix, vous trouverez Hiroshima beaucoup plus verte et agréable que la moyenne des métropoles. “Par respect pour les personnes qui ont travaillé si dur à la reconstruction de Hiroshima, nous devons faire de cette ville un endroit magnifique et agréable à vivre”, assure Awane Maiko, ancienne directrice de la division Promotion touristique de la préfecture de Hiroshima.
Mais les autorités ne sont pas contentées de créer un environnement paisible dans sa propre ville. Elles promeuvent également la paix dans le monde entier à travers d’innombrables initiatives, allant de séminaires sur la résolution des conflits à des expositions itinérantes et des camps de paix pour les enfants. Le musée d’art contemporain de Hiroshima décerne chaque année un prix aux œuvres qui contribuent à diffuser le message de paix et n’organise que des expositions en rapport avec ce message, comme War Is Over de Yoko Ono. Peace Arch Hiroshima, une collaboration entre la préfecture et d’autres entités locales, organise chaque année des concerts pour la paix et vise à connecter les gens du monde entier, faisant de la ville un centre international pour la paix. “Nous nous efforçons d’envoyer un message de paix depuis Hiroshima vers le monde entier et de créer un système qui soutienne en permanence les activités de promotion de la paix”, déclare Yuzaki Hidehiko, gouverneur de la préfecture d’Hiroshima et président de Peace Arch (voir Zoom Japon n° 68, mars 2017).
Au cœur de tous ces efforts se trouve le projet Maires pour la paix. Fondé en 1982, il est né de l’idée d’Araki Takeshi, alors maire de Hiroshima, qui rêvait de transcender les frontières nationales et d’encourager une coopération étroite entre les villes du monde entier afin d’œuvrer ensemble pour la paix et un monde sans armes nucléaires. La lutte contre la pauvreté, la faim et d’autres problèmes mondiaux figure également à l’ordre du jour des maires.
À ce jour, le réseau Maires pour la paix compte plus de 8 400 villes membres dans plus de 160 pays et régions. L’objectif est d’atteindre les 10 000. Le projet poursuit trois objectifs : réaliser un monde sans armes nucléaires, créer des villes sûres et résilientes et promouvoir une culture de la paix. Des représentants de zones de conflit du monde entier, de l’Irak au Soudan, se rendent souvent à Hiroshima pour participer à des séminaires sur la prévention des conflits et d’autres thèmes connexes. Selon un responsable de l’ONU, ces visiteurs sont toujours inspirés par l’histoire de la reconstruction de la ville. Comme le dit justement Satô Izumi, professeur de yoga local, “l’image de la reconstruction de Hiroshima est beaucoup plus forte que celle de sa destruction.”
À Hiroshima, l’éducation à la paix commence dès le plus jeune âge. “Nous recevons une éducation à la paix dès l’école primaire”, explique Ogami Ayaka. “Nous avons donc un fort désir de paix mondiale.” Les écoles organisent chaque année une Semaine de la paix, au cours de laquelle les élèves sont sensibilisés au passé de la cité et à l’importance de la paix. Pendant leurs vacances d’été, de nombreux élèves se portent volontaires pour servir de guides aux étrangers qui visitent le Parc de la paix.
“J’espère pouvoir transmettre l’histoire de notre ville à de nombreuses personnes dans le monde”, confie Nakayama Saki, lycéenne. Kanazawa Moe, diplômée du cours sur la consolidation de la paix à l’université de Hiroshima, va plus loin. “Je pense que tous les habitants actuels de la préfecture de Hiroshima ont le devoir de veiller à ce que ce qui s’est passé dans notre ville en ce jour fatidique ne soit pas oublié et ne se reproduise jamais”, affirme-t-elle. Comme le dit une autre expression souvent entendue ici : “Plus jamais de Hiroshima”.
Aujourd’hui, Hiroshima est une ville lumineuse et accueillante, bénéficiant d’un emplacement enviable sur les rives de la mer intérieure, avec son labyrinthe d’îles brumeuses. Elle est entourée de montagnes sur les trois autres côtés. Sept rivières la traversent, découpant la ville en une série d’îles (Hiroshima signifie “la grande île”). C’est pourquoi la cité est également appelée la ville de l’eau. Cette richesse en cours d’eau, avec ses kilomètres de berges bordées d’arbres, renforce son atmosphère ouverte et apaisante.
En plus de la verdure, quelque 55 hibaku jumoku – arbres ayant survécu à la bombe atomique – peuvent être admirés dans la ville, toujours florissants malgré leurs cicatrices. Ils témoignent de la résilience de la nature et de la vie elle-même. Ils reflètent également la renaissance de la ville, grâce à la résilience, au courage et à la force de la population locale.
Au lieu de s’apitoyer sur leur sort, ils ont décidé de se relever et de tout recommencer, transformant leur tragique expérience en une force positive pour le monde, convertissant les ruines de leur ville bien-aimée en un phare de paix dont la lumière brille dans le monde entier. Et ils continueront à le faire briller jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de guerres.
Angeles Marin Cabello & Steve John Powell