L'heure au Japon

Parution dans le n°155 (janvier-février 2026)

Jusqu’à l’aube (Yoake no subete) de Miyake Shô, avec Kamishiraishi Mone
La relation entre Yamazoe et Misa ne manque pas de piquant. / © 2024 Maiko SEO – “All the Long Nights” Film Partners

Adapté du roman éponyme de Seo Maiko, le film de Miyake Shô, Jusqu’à l’aube, est une belle leçon de vie.

Après nous avoir régalés avec La Beauté du geste (Keiko, me wo sumasete) en 2023 (voir Zoom Japon n° 133, septembre 2023), Miyake Shô revient avec un film tout aussi puissant dans lequel il entreprend d’explorer les rapports humains à travers le portrait de deux jeunes salariés Misa (Kamishiraishi Mone) et Yamazoe (Matsumura Hokuto) qui souffrent de troubles comportementaux et qui ont dû quitter l’univers des entreprises normalisées faute de pouvoir s’y adapter et d’y être en définitive accepté.

C’est la première leçon que le cinéaste propose dans Jusqu’à l’aube (Yoake no subete). Il porte un regard critique sur le fonctionnement de la société japonaise (mais c’est aussi valable dans de nombreux autres pays) qui n’arrive plus à accepter en son sein des hommes et des femmes dont l’attitude parfois irrationnelle est gouvernée par des problèmes de santé : elle par un syndrome prémenstruel qui la rend irascible et lui par des crises de panique aiguës contre lesquelles il se retrouve sans défense. Dans les entreprises “normales” où les individus doivent s’effacer au nom du groupe, ils n’ont évidemment pas leur place. Ce n’est pas le cas des petites entreprises locales, machikôba (voir Zoom Japon n° 69, avril 2017), où la valeur humaine reste au cœur de leur existence. Miyake Shô ne manque pas d’insister tout au long du film sur cet élément fondamental sans lequel l’économie japonaise serait encore plus mal en point. L’entreprise qui accueille Misa et Yamazoe distribue du matériel scientifique à destination des enfants et organise un planétarium itinérant dont les deux jeunes devront s’occuper. Marqué par le décès prématuré de son frère avec qui il a travaillé pendant des années, le patron de cette PME se montre particulièrement sensible à la situation de chacun de ses salariés qui contribue à sa façon à la construction de l’ensemble. On voit ainsi le fils métis d’une des employées concevoir un documentaire sur l’entreprise avec une de ses camarades de classe.

Ce cadre est essentiel pour que Misa et Yamazoe s’épanouissent et apprennent à se connaître grâce à l’acceptation réciproque de leur problème comportemental. Miyake Shô montre que la bienveillance, dont la vie semble nous avoir progressivement privés, peut être reconquise sans demander des grands efforts, juste un peu d’attention. C’est la deuxième leçon du réalisateur. Toutefois, à la différence d’autres cinéastes parfois trop soucieux de nous faire la morale, Miyake Shô ne cherche pas à imposer sa vision à grand renfort de fil blanc ou de scènes marquantes, mais la distille avec subtilité. L’interprétation juste de l’ensemble de la distribution donne à l’ensemble une cohérence et une puissance tranquille. C’est un film qui nous réconcilie avec le cinéma “avec un message”, mais qui ne prend pas les spectateurs pour des idiots auxquels il faut répéter pendant 2 heures la meilleure façon de penser.
O. N.


Référence
Jusqu’à l’aube (Yoake no subete) de Miyake Shô, avec Kamishiraishi Mone, Matsumura Hokuto, Shibukawa Kiyohiko, Mitsuishi Ken, Ryô. Couleurs. 1 h 59. 2024. Au cinéma, le 14 janvier 2026.

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