Comme vous vivez à Minami Sôma et que vous vous intéressez aux problèmes sociaux et politiques, de nombreuses personnes estiment que vous êtes un auteur engagé. Avez-vous la même opinion de vous-même ? Y. M. : Je ne fais pas tout cela parce que je veux m’engager politiquement. Il se trouve que la centrale accidentée s’appelle “Fukushima”, mais en réalité, c’est une installation opérée par Tokyo Electric Power Company (Tepco) et l’électricité qu’elle générait n’était pas destinée à la population de la préfecture de Fukushima, mais entièrement à celle de la région de Tôkyô. Lorsque j’ai commencé à réaliser cela, j’ai compris que cette catastrophe n’était pas arrivée dans la lointaine préfecture de Fukushima. J’ai commencé à comprendre que, en tant qu’individu ayant vécu toute sa vie dans la capitale, j’étais tout aussi responsable de la situation. Qu’est-ce qui vous a motivé à venir vous installer dans la région ? Y. M. : En écoutant les histoires de ces 420 personnes rencontrées pour mon travail à la radio, j’en suis venue à prendre la mesure de leurs difficultés quotidiennes. Non pas tant les problèmes liés à la radioactivité que les questions touchant l'économie locale. Dans cette région vivant essentiellement de l’agriculture, la catastrophe a rendu presque impossible la poursuite de cette activité. Même si les tests de césium sont normaux, personne ne veut acheter les produits locaux. Certains producteurs de lait et d'autres agriculteurs ont été poussés au suicide. En outre, dans les zones côtières de Fukushima, qui sont tout à fait différentes des villes en ce sens que de nombreuses familles composées de deux ou trois générations vivent sous le même toit : vous y trouvez des parcelles de terres autour desquelles s’organisent de véritables petits hameaux composés d’un bâtiment principal, une annexe, une maison pour les parents âgés qu’on appelle “inkyo”, un hangar, des terres arables, des rizières et des zones boisées. C’est là que vivent des familles élargies au sein desquelles il existe des liens extrêmement forts. Pour donner un exemple, on peut voir un enfant que sa mère allaite se retrouver dans la maison d’à côté où la mère lui donnera aussi le sein. Il existe aussi dans la région une spécialité appelée hokki gohan (palourdes au riz). Parfois une famille qui en prépare peut aussi vouloir manger du riz blanc. Pour cela, il suffit d’aller taper à la porte du voisin pour en emprunter. Il existe une solidarité très forte entre eux, complètement différente des relations en vigueur dans les grandes villes. Mais à la suite de la catastrophe nucléaire, il est souvent arrivé que l’on évacue seulement les jeunes vers d’autres préfectures en laissant derrière les parents âgés. Ce fractionnement des familles est un véritable problème. Je me suis donc dit que si je devais continuer à vivre tranquillement à Kamakura, au sud de Tôkyô, et à me rendre ici juste pour mon travail à la radio, je ne pourrais pas être en mesure de comprendre les difficultés que ces gens rencontrent dans leur vie quotidienne. Voilà pourquoi j’ai décidé de m’installer à Minami Sôma. Dans Sortie parc, gare d’Ueno...