De plus en plus de jeunes femmes japonaises adoptent l’usage du « je » « boku », traditionnellement utilisé par les jeunes hommes. Analyse.
En japonais, il existe des dizaines de façons de dire « je », selon la position sociale, la situation ou l’image que l’on veut donner de soi. Ces derniers temps, en suivant les médias japonais, je remarque de plus en plus de jeunes filles qui se désignent par « boku ».
« Watashi » est le terme standard pour tous, mais chez les petits garçons, on privilégie « boku », considéré comme plus mignon. Pourtant, de nombreux hommes continuent à l’utiliser à l’âge adulte pour donner une image plus douce ou intellectuelle que « ore », devenu au fil du temps un pronom associé à une masculinité plus macho. Alors pourquoi tant de jeunes filles utilisent-elles aujourd’hui « boku », voire « ore » ? L’influence des mangas et des animés est importante, mais au fond, on peut aussi y voir un certain rejet de la féminité traditionnelle. Si, pour elles, « boku » exprime souvent une forme d’androgynie et un attachement à l’enfance, « ore » traduit une volonté plus affirmée de s’éloigner des attentes sociales liées à la féminité.
Ainsi, le japonais semble offrir une liberté croissante dans la mise en scène de l’identité de genre tandis que le français évolue vers une recherche d’égalité entre les sexes à travers l’écriture inclusive.
Mon choix personnel ? En japonais, j’aurais parfois préféré, par praticité, qu’il n’existe qu’une seule façon de dire « je ». Et en français ? Au-delà des débats politiques, je reste réticente face à l’écriture inclusive qui me demande encore de nouvelles façons d’écrire après des années passées à apprendre cette langue ! Franchement, pourquoi ne pas supprimer directement les noms masculins et féminins ? Je n’ai plus envie d’être déçue de moi-même en disant encore « asperge blanc » après plus de 25 ans passés en France.
Vive les changements de valeurs et de langues ! Mais après tout, notre cerveau, lui, ne se transforme pas si facilement. La preuve : je reste encore capable d’être secrètement contente quand un inconnu m’appelle « mademoiselle ».