En mars 2026, Florent Gorges reprend la rédaction en chef de Zoom Japon à la suite de Claude Leblanc. Co-fondateur de la maison d’édition Pix’n Love et d’Omaké Books, auteur de plus de 30 ouvrages, historien du jeu vidéo et impliqué dans le projet de Musée Odyssée, il partage aujourd’hui sa vision pour le magazine Zoom Japon. Interview.

Un nouveau rédacteur en chef pour Zoom Japon
Florent, vous êtes le nouveau rédacteur en chef de Zoom Japon. Comment cette décision a-t-elle été prise ?
Il y a quelques mois, j’ai été appelé pour prendre la direction d’Espace Japon. En plus d’être un centre culturel dédié au Japon situé à Paris, l’entreprise produit et distribue le magazine Zoom Japon. Mon arrivée a bien entendu provoqué une phase de restructuration interne, tant au niveau des ressources humaines que de la direction éditoriale. Et c’est à ce moment-là que l’ancien rédacteur en chef a exprimé son souhait de s’arrêter. Comme nous voulions malgré tout poursuivre l’aventure Zoom Japon, je me suis proposé pour prendre son relais. C’était une décision assez naturelle car cela fait aussi plus de 25 ans que je partage ma passion pour le Japon et sa culture dans la presse papier.
Quelques mots sur le rôle du rédacteur en chef · Le rédacteur en chef d’un magazine est à la fois le responsable de sa ligne éditoriale et son chef d’orchestre. D’une part, il choisit les thématiques traitées et les attribue aux différents rédacteurs et rédactrices – il leur demande bien entendu leur avis et reste ouvert aux propositions. D’autre part, il fait tout pour que le magazine sorte en temps et en heure, avec un niveau d’exigence maximal. Rédacteurs, photographes, graphistes, correcteurs : il s’assure que toute l’équipe soit parfaitement coordonnée.
Étiez-vous lecteur de Zoom Japon avant d’en être rédacteur en chef ?
Oui ! Je suis lecteur de Zoom Japon depuis le tout premier numéro ! La première fois que j’ai aperçu Zoom Japon, en allant manger des ramen rue Sainte Anne à Paris, j’ai trouvé cette idée de magazine gratuit sur le Japon absolument admirable. C’était vraiment quelque chose que je souhaitais lire et faire moi-même en tant qu’éditeur. Pour l’anecdote, je lis aussi Ovni (ndlr : l’autre média de l’entreprise, écrit en japonais à l’attention des Japonais installés en France et des Japonais intéressés par la culture française) depuis le milieu des années 1990. Bref, j’avais déjà beaucoup d’affect pour les journaux gratuits développés par l’entreprise.
Un numéro de Zoom Japon qui vous a particulièrement marqué en tant que lecteur ?
Parmi les numéros qui m’ont le plus marqué, il y a évidemment tous les numéros commémoratifs du 11 mars 2011 et du tremblement de terre du nord du Japon (ndlr : aussi appelé “séisme de Tōhoku”) qui a dévasté une grande partie de la côte du nord-est de l’île de Honshū, autour de Sendai. Les articles et les dossiers concernant la reconstruction et les efforts de toute la population m’ont profondément touchés.
Traiter le Japon dans son entièreté : l’ambition de Zoom Japon
Quelle est votre vision pour Zoom Japon ? Comment l’imaginez-vous évoluer ?
Ma mission première, c’est tout d’abord de sauver Zoom Japon. Et ensuite de le rendre pérenne. Zoom Japon a récemment connu une crise importante. Maintenir à flots un magazine papier gratuit dont la principale source de revenus est la publicité n’est pas chose aisée, surtout en cette période de disette publicitaire (ndlr : il est possible de vous abonner pour recevoir le magazine chez vous, ce tarif couvrant exclusivement les frais d’impression et d’expédition). Bref, ma vision est accaparée par cet objectif. Bien entendu, il n’est pas question de brader la qualité du contenu.
Comment définiriez–vous la ligne éditoriale de Zoom Japon ? Un magazine qui présente le Japon en dehors des clichés ?
Mmm… Zoom Japon, ce n’est pas forcément le Japon “en dehors des sentiers battus”, ou “loin des clichés” et encore moins “entre tradition et modernité”. Toutes ces formules sont tellement utilisées qu’elles sont ironiquement devenues des clichés. Quasiment tous les magazines qui parlent du Japon revendiquent aussi “le Japon hors des sentiers battus”. Bref, nous ne nous refusons aucun sujet, même s’il semble avoir déjà été traité des milliers de fois. C’est juste que nous veillerons à y apporter du neuf, un angle original et surtout, une rigueur journalistique. Plus encore, à mon sens, ce qui est le plus important, c’est de donner la parole aux gens, tous ceux qui vivent le Japon de manière originale, aux personnes qui font la culture japonaise contemporaine. La création de la nouvelle rubrique Passion Japon est d’ailleurs une bonne illustration de cette vision.
Vous êtes connu pour vous intéresser aux jeux vidéo, allez-vous en parler plus souvent sur Zoom Japon ?
Un magazine est souvent à l’image de son rédacteur en chef. Et effectivement, Zoom Japon a très peu parlé de jeux vidéo jusqu’à présent. Étant personnellement très intéressé par l’industrie du jeu vidéo japonais et son histoire, il est probable que nous abordions ces sujets lorsque l’actualité le demandera ou parce que nous aurons l’opportunité de rencontrer une personnalité du jeu vidéo japonais (ndlr : comme Yoshitaka Amano récemment). Et au-delà de mon intérêt personnel, il y a énormément d’amateurs du Japon qui jouent aux jeux vidéo et qui s’intéressent à ce sujet donc oui, nous traiterons de jeux vidéo japonais. Mais plus globalement, nous allons davantage ouvrir nos pages à la pop culture. Cela ne nous empêchera pas de continuer de traiter de sujets sociétaux, politiques, etc. Le Japon a tant à nous offrir qu’il serait dommage de laisser des pans entiers de culture sur le bas-côté. Mais nous recherchons avant tout un meilleur équilibre des sujets, au-delà des hobbies du rédacteur en chef. Car un magazine est avant tout rédigé pour les lecteurs et non pour me satisfaire, moi.
Justement : quels autres aspects de la culture japonaise vous intéressent ? Lesquels aborderez-vous sur Zoom Japon ?
À titre personnel, j’aime tout ce qui concerne la fin de la période Shôwa (ndlr : période de 1926-1989 durant laquelle l’empereur Shôwa règne sur le Japon). En gros le Japon un peu “rétro”. Le premier numéro que j’ai eu à ma charge a d’ailleurs traité des dagashiya, ces petites confiseries japonaises très populaires durant toute la période Shôwa. En parallèle du Japon rétro, j’aime aussi beaucoup le Japon rural. La campagne japonaise est malheureusement en train de mourir, à grands feux d’ailleurs, et même si Zoom Japon n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, j’aimerais pouvoir promouvoir les charmes de cette campagne pour la redynamiser. Le deuxième numéro sur lequel nous avons travaillé était “Marcher au Japon”, traitant notamment des pèlerinages, ce qui détonne un peu par rapport aux balades dans les grandes villes.
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Propos recueillis par Marièke Poulat

