Du duel réaliste au gtand spectacle, le samouraï multiplie les incarnations dans le jeu vidéo.

Texte Pa Ming CHIU
Figure centrale de la pop culture internationale, fascinant de par son code d’honneur et son imagerie, le samouraï est en toute logique largement représenté dans le jeu vidéo, comme en témoigne la sortie récente de l’excellent Onimusha : Way of the Sword. Brillant par son gameplay ciselé, sa réalisation impeccable, son monde ouvert qui dépoussière la licence et sa relecture – certes fantaisiste mais néanmoins captivante – de l’histoire de Miyamoto Musashi, le dernier Onimusha s’impose comme une nouvelle référence incontournable dans un genre thématique qui ne manque pourtant pas de solides challengers. Onimusha : Way of the Sword porte très bien son titre et la « voie du sabre » est effectivement au cœur de l’expérience. Sa mécanique exigeante de parry (parer au dernier moment les coups de l’adversaire pour contre-attaquer) rappelle un autre fleuron du genre, Sekiro : Shadows Die Twice. Dans ce Souls-like se déroulant à l’époque Sengoku (1467-1603), il est également impossible de remporter un combat en matraquant les boutons et il est avant tout question de timing et de précision. Dans une moindre mesure, c’est également le cas dans les Nioh, autres souls-like particulièrement âpres qui demandent tout autant de bien gérer les parades et les esquives offensives pour espérer survivre. Le beau geste et le mental avant tout, comme l’enseigne si bien le bushidô avec ses notions de maîtrise de soi et de résistance face à la peur de la mort. C’est une philosophie qu’on retrouvait déjà dans Bushido Blade (1997) et sa vocation « simulation », où un seul coup bien porté pouvait terminer un duel. On est donc loin des Samurai Shodown ou des Last Blade, titres plus classiques de VS Fighting, potentiellement très techniques aussi à haut niveau, mais comportant les traditionnelles jauges de vie à faire descendre. D’autres jeux s’attachent moins à retranscrire l’exigence du combat au sabre qu’à porter l’héritage cinématographique des films de samouraïs, et privilégient de ce fait l’immersion. C’est le cas des séries Way of the Samurai et Samurai Warriors, de Ghost of Tsushima et de sa suite Ghost of Yotei, de Trek to Yomi, de Rise of the Ronin, de Like a Dragon : Ishin! et autre Assassin’s Creed Shadows.
Mais dans un cas comme dans l’autre, ces deux orientations se retrouvent sur un même point : il s’agit plus souvent d’incarner un ronin (ancien samouraï déchu sans maître) redresseur de tort qu’un samouraï au sens strict du terme (les samouraïs étant une caste militaire au service des seigneurs et des riches). Il faut déceler dans ces choix une volonté d’avoir plus de potentiel narratif et dramatique, mais c’est aussi la preuve que l’image moderne du samouraï reste avant tout associée à un esprit chevaleresque et qu’elle est appelée à perdurer ainsi.