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    Accueil » Actu » Cinéma : La très belle leçon de vie » Page 3
    Culture

    Cinéma : La très belle leçon de vie

    Par Odaira Namihei08/12/2017
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    Parution dans le n°76 (décembre 2017)

    John a beau être Américain, il n’est pas mieux loti que Setsuko ou Mika. Ayako est en phase avec elle-même. / Nour Films

    A partir du passage de l’autre côté du Pacifique, Setsuko se transforme réellement en Lucy. Le couvercle pesant sur elle a disparu et elle découvre un monde, mais surtout son monde intérieur qui, depuis tant d’années, était contraint. Par moments, elle se comporte comme une adolescente prête à faire n’importe quoi en pensant que c’est cela la liberté. Se saouler, faire l’amour sur la banquette arrière d’une voiture avec John, se faire tatouer au même endroit le même caractère que celui de son amant d’un soir, etc., tout cela lui donne l’impression d’être libre et d’exister. Mais au fond, ce n’est pas aussi simple que cela. “Je pense qu’il est important de faire le voyage et découvrir qui nous sommes sous différents angles. Car au bout du compte, on finit par comprendre qui nous sommes vraiment et par nous accepter. Le rêve de l’Amérique devait se transformer en un voyage concret pour voir ce qui se cachait derrière toutes les images que l’on pouvait en avoir avant même de s’y rendre”, explique Hirayanagi Atsuko. “Et ce n’est pas parce que vous allez aux Etats-Unis que tout se termine par une fin heureuse”, ajoute-t-elle. En effet, l’expérience américaine de Lucy et de Mika n’est pas aussi heureuse qu’elles l’avaient imaginée. Il ne suffit pas de libérer son énergie pour trouver le bonheur. Il faut aussi avoir une vision de ce que nous voulons. On peut se laisser manipuler comme Mika qui a suivi John aux Etats-Unis alors que celui-ci est déjà marié ou l’on peut être tenté de brûler la chandelle par les deux bouts avec le risque de se brûler. Dans les deux cas, ce n’est guère en phase avec ce que l’on avait pensé obtenir là-bas, mais cela offre une expérience qui permet de voir la vie sous un autre jour. “Il faut être capable de se trouver soi-même sans quoi vous pouvez aller n’importe où, cela ne servira à rien”, poursuit la cinéaste. Pour preuve, la réaction de Mika qui a beau être en Californie et qui ne trouve comme échappatoire qu’une tentative de suicide.
    C’est une autre leçon intéressante de ce film dans la mesure où aujourd’hui l’illusion du changement est plus forte chez les jeunes. “C’est très facile désormais d’acheter un billet d’avion et partir au loin dans l’espoir de réaliser son rêve de liberté. En tout cas, ça l’est beaucoup plus que du temps où Setsuko avait le même âge. Elle a cru qu’il suffisait de s’enfuir pour être libre, mais c’est faux. Car au bout du compte, il faut avoir envie de se battre”, note Hirayanagi Atsuko. “Les jeunes Japonais ont perdu le sens de la rébellion à la différence du personnage de Lucy qui est l’héritière des combats des années 1960 au cours desquelles les jeunes ont voulu changer la société japonaise. Et même si elle a dû mettre un couvercle dessus, elle a conservé toutes ses aspirations. Mika est une jeune fille qui a vécu la récession et qui ne connaît rien de ce passé. Elle peut vouloir s’échapper, mais elle n’est pas prête à se battre pour conserver cette liberté”, confirme la réalisatrice. Cette approche pessimiste de la société japonaise notamment au travers du personnage de Mika ne doit pas pour autant faire croire que le film de Hirayanagi Atsuko est une œuvre glauque. Loin de là. Car il y a non seulement le personnage de Setsuko/Lucy qui prouve que l’on peut se sortir d’une vie pesante, mais aussi celui de Komori. Cet ancien flic a lui aussi suivi les mêmes cours d’anglais que Setsuko et a choisi le prénom de Tom, mais à la différence d’elle, il ne cherche pas à fuir le Japon. Il reste et il est justement l’expression qu’il existe aussi des “solutions” sur place.

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    Cinéma 76

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