
Depuis 2007, le manga Doraemon est publié en français par les éditions Kana. Retour sur les origines de la VF.
En 2007, lorsque débute la campagne de lancement du manga Doraemon en France, Timothée Guédon vient tout juste de rejoindre Kana. Il se souvient très bien de cette période. « C’est le genre de licence qui était encore inconnue ici, mais dont les enjeux étaient importants en raison de son statut dans son pays d’origine. Chez Kana, nous avions donc préparé une chouette campagne marketing, avec notamment un press-kit assez original. Nous avions par exemple accroché une petite clochette de chat aux documents…», raconte-t-il avec amusement. À l’époque, la France possède déjà plus d’une décennie d’expérience dans l’édition massive de mangas. Dès lors, une question s’impose : pourquoi une icône aussi considérable de la pop culture japonaise a-t-elle mis autant de temps à arriver jusqu’au lectorat français ? Timothée Guédon rappelle que le marché français du manga répondait alors à une logique bien précise : « Pendant toutes les premières années, les éditeurs francophones recherchaient avant tout des titres ayant bénéficié d’une adaptation animée déjà connue du public français. Or, Doraemon n’a pas fait partie de la déferlante japanimation diffusée à l’époque du Club Dorothée ou autres. Ensuite, les éditeurs devaient surtout répondre aux attentes du public, qui privilégiait alors les shōnen, l’action, la fantasy, etc. »
Dans un tel contexte éditorial, Doraemon partait donc avec des handicaps. Son dessin volontairement simple et ses récits destinés en priorité à un jeune public tranchaient avec les séries qui dominaient alors les ventes en France, malgré l’inventivité et la qualité de ses histoires.
« Dans plusieurs autres pays, la série était déjà bien connue grâce à la série télé. Ainsi, lorsque le manga est sorti, il a tout de suite trouvé son lectorat. En France, c’était moins le cas. Mais aujourd’hui, le public a beaucoup évolué », poursuit Timothée. Près de vingt ans plus tard, la situation n’est en effet plus la même.
Les premiers grands lecteurs de mangas des années 1990 sont, pour beaucoup, devenus parents. Et lorsqu’ils souhaitent faire découvrir la bande dessinée japonaise à leurs enfants, Doraemon s’impose désormais comme une évidence. « Avant de leur mettre entre les mains un manga qui ne serait pas adapté à leur âge, ils peuvent naturellement penser à Doraemon. C’est une excellente porte d’entrée vers le manga. »
Timothée en a d’ailleurs fait personellement l’expérience : sa fille s’est intéressée aux BD japonaises après avoir découvert un volume de Doraemon à la maison. Aujourd’hui, les quarante-cinq tomes de la série ont tous été publiés en français depuis plusieurs années. Mais la force de cette licence réside précisément dans son caractère intemporel et universel : malgré son âge, la série continue d’être largement disponible en librairie et de séduire de nouvelles générations de lecteurs.
Texte et photo Florent GORGES