L’artiste franco-japonaise Michelle MICHINA sort un nouvel EP pop aux influences soul et jazz qui invite à l’introspection. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter ?
Michelle MICHINA : Je suis une artiste franco-japonaise. J’ai grandi à Tôkyô avant de venir m’installer à Paris à l’adolescence. Aujourd’hui, j’écris, je compose et j’interprète mes chansons en français comme en japonais, en m’accompagnant au piano.
Vous êtes née dans une famille de musiciens ?
Pas du tout ! J’ai commencé le piano à 7 ans. Il y en avait un à la maison et beaucoup d’enfants de ma classe au Japon en jouaient aussi. J’adorais surtout les cours de musique à l’école japonaise : nous avions toutes sortes d’instruments et nous apprenions à jouer et à chanter ensemble. Je crois que cet environnement a naturellement nourri mon rapport à la musique.
Vous avez grandi entre le Japon et la France. Comment cette double culture a-t-elle façonné votre identité ?
Je suis la troisième d’une fratrie de quatre enfants. Les deux aînés ont grandi entre les systèmes scolaires japonais et français, tandis que ma petite sœur et moi avons suivi une scolarité entièrement japonaise. Je ne parlais pas français à l’époque et je me sentais profondément japonaise.
Le fait d’avoir des origines françaises me gênait parce que j’avais simplement envie d’être comme les autres. Pourtant, mes parents tenaient beaucoup à ce que nous soyons bilingues. Puis ma mère est décédée brutalement lorsque j’avais 12 ans.
Un an plus tard, j’ai finalement choisi de partir en France pour apprendre le français, avec le soutien de ma famille. Je l’ai appris en immersion, sur le tas. Après une année, je suis repartie au Japon pour intégrer le lycée français de Tokyo, avant de revenir ensuite terminer ma scolarité à Paris.
J’ai longtemps eu le sentiment de n’appartenir à aucun des deux mondes : au Japon, j’étais la Française ; en France, j’étais la Japonaise.
Aujourd’hui, cette double culture est devenue une richesse, même si elle reste quelque chose de mouvant.

La question de l’identité, de la double culture, est très présente dans vos œuvres…
Cette double culture fait partie de moi, elle traverse donc forcément mes chansons. Dans Chemin de soie, j’ai essayé d’ouvrir mes réflexions sur des thèmes plus larges pour que ça puisse parler à chacun. Le titre de l’EP Chemin de soie joue avec les mots « soie » et « soi ». J’aime cette idée d’une voie qui se tisse maille après maille, au fil des expériences. Un chemin que l’on façonne et qui se construit grâce aux rencontres et aux autres. C’est une œuvre qui parle beaucoup du lien : celui que l’on entretient avec soi-même, mais aussi avec les autres. Cette idée du fil et du tissage est aussi ce qui relie les différentes chansons de l’EP. Je pars souvent d’une expérience très personnelle, mais je retravaille mes textes pour qu’ils puissent trouver un écho chez d’autres personnes. Pour moi, la sincérité est essentielle : on est touché par une œuvre lorsqu’elle reflète une vérité profonde.
La discographie de Michelle MICHINA
Son premier album, appelé Le Souffle, contient 12 titres. Le second, Chemin de soie, propose 5 titres supplémentaires. Michelle Michina collabore également très régulièrement avec d’autres artistes ou donne des concerts.
Vous alternez régulièrement entre des chansons en français et en japonais. Comment décidez-vous de la langue pour tel ou tel titre ?
En général, l’idée principale de la chanson va donner l’élan. Derrière une langue, il y a toute une culture, une manière de penser et de ressentir.
Certaines choses trouvent plus facilement leur place en français, d’autres en japonais. J’écris très librement dans un premier temps, sans me demander dans quelle langue je vais écrire. Petit à petit, une idée émerge et c’est elle qui va orienter le reste. Le rythme des phrases est aussi important. Alors je lis mon texte à voix haute. En général, le texte et la musique se dessinent petit à petit. On ne met pas en musique le français et le japonais de la même façon.
Des exemples concrets ?
Au départ, L’un ou l’autre et Omochi-Croissant, deux titres de l’EP, n’étaient qu’un seul texte. Je voulais écrire une chanson sur l’identité. J’avais trop de choses à dire et je n’arrivais pas trouver l’axe. Je me suis rendu compte que j’essayais en réalité d’aborder le sujet sous deux angles différents. Le thème restait le même, mais chaque langue amenait une sensibilité différente. Finalement, j’ai scindé le texte et ça a donné naissance à deux chansons différentes.
Certaines choses peuvent être dites en français et non en japonais ?
Tout peut être dit, mais pas forcément interprété de la même manière. Certaines notions deviennent très difficiles à traduire. Par exemple, une chanson de l’EP s’appelle Kamisama no iede (« La fugue de Dieu »). Cela aurait été compliqué de raconter cette histoire en français, en sachant que le mot kamisama (« Dieu » en français, ndlr) ne renvoie pas tout à fait aux mêmes représentations que le mot « Dieu » en français. Si j’avais écrit cette chanson en français, elle n’aurait probablement pas raconté la même chose.
Comment décririez-vous votre style musical ? Jazz ? New soul ? Pop ?
C’est une question difficile, parce que je ne cherche pas à m’inscrire dans un style en particulier. Je pars souvent d’une couleur musicale, d’un rythme ou d’une instrumentation. Je dirais que ma musique est avant tout de la pop, dans le sens où j’écris des chansons. En revanche, je suis profondément nourrie par la soul, le R & B et le jazz, sans oublier la J-pop et la chanson française qui ont bercé mon enfance. Toutes ces influences se retrouvent naturellement dans mon écriture, et chaque chanson trouve ensuite sa propre couleur. Après, chacun y entendra peut-être des influences différentes.
À quel public souhaitez-vous d’abord vous adresser ?
Je m’adresse à tout le monde. La musique est une langue universelle et je crois que l’on peut être touché par une chanson sans forcément en comprendre toutes les paroles. Bien sûr, si l’on est franco-japonais, on saisira sans doute davantage certaines nuances de mes textes. Mais la musique est avant tout une question de ressenti : la mélodie, la voix et les émotions qu’elle transmet permettent de dépasser la langue.
Si vous vouliez que le public vous découvre avec une seule chanson, laquelle serait-ce ?
Ce n’est pas simple, mais si je devais choisir qu’une chanson de l’EP, je dirais Omochi-Croissant. C’est une chanson chantée en japonais et en français, qui reflète bien mon travail. Je pense aussi que c’est une chanson qui permet d’entrer assez facilement dans mon univers, parce qu’elle peut parler aussi bien aux personnes qui connaissent déjà le Japon qu’à celles qui le découvrent. J’ai volontairement choisi des mots simples pour parler d’un sujet plus profond. Ensuite, chacun est libre d’y voir ce qu’il veut ! ●
Aller plus loin
Toutes ses chansons sont accessibles depuis les plateformes légales de streaming comme Spotify, Apple Music, Amazon Music, etc. Suivez l’actualité de Michelle Michina sur Instagram : @Michellemichina.