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    Accueil » Actu » Onozucca la sulfureuse
    Les femmes mangaka sont là !

    Onozucca la sulfureuse

    Par Rédaction01/07/2011
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    Parution dans le n°12 (juillet 2011)

    Figure de proue du manga underground, elle a su conquérir les jeunes femmes de 18 à 30 ans avec des histoires bien ficelées.

    jornada-extrait-de-onozucca-kahori
    Extrait de Jornada de Onozucca Kahori paru chez Akata – Delcourt en 2008. Traduction de Kuroda Mari. © Kahori Onozucca 2002 – Shôdensha Publishing Co., Ltd.

    Récit incisif, trait sobre et sombre. Ses personnages, des femmes, sont souvent confrontés à des situations extrêmes. Onozucca Kahori n’a pas froid aux yeux et l’exprime crûment dans ses dessins. Si la sexualité décomplexée joue un rôle clé dans ses histoires, elle ne tombe jamais dans la vulgarité. Itinéraire d’une mangaka pas tout à fait comme les autres. Née en 1962, c’est à l’âge de 16 ans que Onozucca Kahori commence à dessiner. Après la parution d’une histoire courte de seize pages pour la revue de mangas d’horreur éditée par Asahi Solanin, elle est repérée par la revue érotique Elle Teens comics. Puis c’est au tour du magazine Sun Shuppan et enfin Feel Young qui la révèlera. Aujourd’hui, elle publie des recueils d’histoires courtes qui font sa renommée. En février 2011, elle publiait chez Shôdensha des histoires d’amours impossibles se déroulant à l’époque d’Edo (inédites en français). Du manga classé underground.
    Elle donne libre cours à son imagination. “Je dessine à mon gré. Je ne cherche pas à faire plaisir. Mes histoires dépendent de mon état d’esprit au moment où je les écris”, explique-t-elle.  Pour autant, elle se défend d’être une anti-conformiste. “Au Japon, le manga underground par définition n’existe pas, affirme-t-elle. Tout le monde lit du manga. Hommes, femmes, enfants. Depuis le XIIème siècle et l’arrivée des dessins du Chôjû-giga [caricatures de personnages de la faune], cette forme primitive du manga où l’on raconte l’histoire d’animaux anthropomorphiques. Je ne pense pas être particulièrement provocante. Mon récit pourrait effectivement l’être, mais je ne dessine jamais dans ce but. Je veux casser l’idée que les femmes sont passives, aussi bien dans la société que dans leur vie sexuelle. Cela a été pendant trop longtemps un moyen instinctif de défense pour de nombreuses générations de femmes.”
    Le sexe est très représenté dans l’œuvre de la mangaka. “Mais c’est une chose naturelle, qui fait partie inhérente de la vie. Au Japon, nous sommes traditionnellement décomplexés par rapport au sexe. Surtout à l’époque précédant Edo. Après l’ouverture du pays, à la fin du XIXème siècle, avec l’influence des cultures occidentales qui sont arrivées dans le pays, le sexe est devenu tabou. Cette influence, ce regard sur la sexualité, a perduré. Il semblerait que cela soit redevenu moins rigide ces derniers temps”, affirme la jeune femme.
    Parmi ses références littéraires, on retrouve l’univers noir et dénonciateur d’Ôe Kenzaburô et Mishima Yukio. Pour le graphisme, Ôshima Yumiko  ou encore Kaneko Kazuma l’ont influencée. Sur le plan de ses récits historiques, elle s’est inspirée de Sugiura Hinako et Iwadate Mariko.  Et pour ce qui est de son cynisme, l’acteur de rakugo [récit satirique], Tatekawa Danshi n’y est pas étranger. “Je me plais à imaginer les vies des personnages en suivant leurs parcours. Je m’inspire davantage des faits divers que des fictions ou des films”, ajoute-t-elle.
    A travers ses récits réalistes, Onozucca Kahori se frotte à des sujets tabous. Elle campe, par exemple, des récits d’amour incestueux entre frères et sœurs. Des lolicon et shotacon, c’est-à-dire des personnes attirées par des jeunes filles ou jeunes garçons. “Éprouver une attirance sexuelle pour quelqu’un de très proche ou de très jeune est répugnant. Mais d’un autre côté, c’est fascinant de braver l’interdit. Et c’est justement, cette situation de flottement que j’aime. Tout en sachant que les sentiments éprouvés sont répréhensibles et périlleux, on finit quand même par se laisser aller. Quitte à se détruire”, explique l’auteur de Nico says.
    Brutal. “Mon style peut sembler l’être, c’est vrai. Mais c’est surtout parce que je porte un regard sceptique sur le sexe de manière générale. Pour moi, faire l’amour peut être violent. En ce sens, où, par exemple, on peut avoir des enfants sans qu’il y ait de sentiments. Je rêve de pouvoir dessiner cette part d’inexplicable. Cette différence entre les sexes. Entre les hommes et les femmes, il y a toujours une compréhension, une entente, mais aussi des concessions et un sentiment de renoncement et de résignation”, affirme  Onozucca Kahori. En ayant recours au yaoi, ces intrigues amoureuses entre garçons, et autres relations homosexuelles, elle s’affranchit de cette difficulté. “Les histoires d’amour entre personnes du même sexe sont plus faciles à dessiner. Les rapports sont plus simples à mon sens.”
    En filigrane de cette vision des rapports humains, un regard délicat sur l’émancipation féminine. “Dans mes dessins, je projette mes peurs, mes doutes, les pensées noires que j’ai en moi. Ces notions n’ont rien à voir avec le sexe, mais avec l’humanité. Ce qui m’intéresse davantage que le sexe, c’est le tourment de l’être humain”, conclut-elle.
    Johann Fleuri

    jornada-onozucca-kahoriBibliographie
    Onozucca Kahori est publiée en France chez l’excellent Akata – Delcourt.  Jornada, Nico says ou encore Amours félines sont ses titres à découvrir d’urgence.

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