
Entre Hard SF, cyberpunk, uchronie, Real Robot et Super Robot, jeux vidéo et science-fiction font bon ménage au Japon.
À l’ère Meiji, l’introduction des romans de H.G. Wells et de Jules Verne dans le pays aiguise l’appétit des Japonais pour la science-fiction. C’est toutefois avec les œuvres de Yokoyama Mitsuteru (Tetsujin 28), de Tezuka Osamu (Tetsuwan Atomu), de Nagai Gō (Mazinger Z) et de Tomino Yoshiyuki (Mobile Suit Gundam) que le genre s’ancre durablement dans la pop culture – et de fait dans les jeux vidéo – avec un goût prononcé pour les robots.
La science-fiction locale se veut plutôt fantasque et peu de jeux vidéo japonais jouent la carte de la Hard SF (avec une vraisemblance scientifique au premier plan) ou du cyberpunk. On notera bien évidemment quelques exceptions, dont Snatcher et Policenauts de Kojima Hideo, deux titres très inspirés par Blade Runner. Le même Kojima est aussi à l’origine de Metal Gear Solid et de Death Stranding, deux uchronies particulièrement atypiques. La première mêle science-fiction, action et infiltration et joue avec l’Histoire en imaginant le visage de la guerre si elle avait pour enjeu stratégique des lanceurs nucléaires en forme de bipèdes robotiques. La seconde offre la vision d’un avenir post-apocalyptique où l’humanité imprime tout en 3D et voyage dans des vaisseaux quantiques. Kojima est également le créateur de la licence Zone of the Enders, dont les deux épisodes épiques restent des fleurons du jeu de mecha.
Le mecha se taille bien évidemment la part du lion. Des jeux comme Steel Battalion (avec une immense manette dédiée en forme de… tableau de bord), Front Mission et Armored Core mettent le genre Real Robot en avant, tandis que le Super Robot est représenté via les nombreuses adaptations des séries et manga, avec en tête de gondole la série Super Robot Taisen qui fait du crossover entre plusieurs licences.
Les RPG sortent également régulièrement de la fantasy pour lorgner vers la SF et on pense entre autres à Xenosaga au scénario mystico-philosophique, aux androïdes trop humains de NieR Automata ou encore au plus classique Star Ocean.
Si le jeu vidéo SF japonais est souvent porté par le rêve technologique, il l’est donc parfois tout autant par les questions humaines qui en découlent, le récent et excellent Pragmata avec sa petite fille androïde accompagnant un cosmonaute bourru dans une station en perdition ne dérogeant pas à la règle. Loin d’être un simple support à adaptations, le jeu vidéo japonais de SF se dote ainsi de ses propres œuvres cultes à l’aura mondiale. Ce ne sont pas juste de bons jeux japonais avec un cadre SF, mais de la bonne science-fiction tout court. ●
Pour aller plus loin…
Pragmata, de Capcom.
Jeu d’action SF disponible sur Switch 2, PS5, XBO et PC.